Genève. Doom. Nouvel album Heliogabalus. Doom. Oppression. Doom. Étouffant. Doom. Bisounours. Doom.
Vous vous rendez compte de l'effroi que provoque votre album?
On commence.... à ce jour quelques chroniques de Heliogabalus ont été publiées. Elles reflètent ce qu'on voulait faire.
Et vous vouliez faire quoi?
L’album le plus extrême possible.
Tu connais l'origine du projet? C'est parti d'un problème avec notre ancien label (Thundering Records). Une grosse mésentente. On a souhaité le quitter mais on avait signé pour deux albums. On c'est dit « ok on va leur sortir une merde composée en une heure, un va faire un riff qu'on va faire tourner pendant septante minutes, on va mettre du kaoss pad par dessus. Tenez débrouillez vous avec ça et à jamais. »
On a commencé à composer ce truc et au fur et à mesure on a trouvé ça beaucoup trop cool, plus on travaillait dessus, plus ça nous semblait intéressant. On a réussi à trouver un arrangement avec le label, offert un stock de notre précédent album et ainsi on a pu se casser.
Et on a commencé à composer sérieusement ce nouvel album. Qui avait déjà une base ultra brutale puisqu'on l’avait fait à l'arrache en essayant d'être le plus violent, le plus invendable possible. Le coté brutal et monolithique de cet album est un concours de circonstances.
Et ce Heliogabalus c'est qui?
On souhaitait trouver une figure qui puisse correspondre à notre projet. On a pris Héliogabale qui est un empereur romain du 3e siècle (203-222), un adolescent syrien qui est monté sur le trône grâce à des intrigues de cour, des meurtres, des événements sanglants. Il est un prêtre du soleil, une religion païenne qu'il impose brutalement alors que l'empire romain commençait à se christianiser. Il vénère le bétyle, une énorme pierre noire, un monolithe. Certains historiens supposent que ce serait une météorite. On a pensé que c'était un personnage qui collait assez bien au projet.
Vous l'avez trouvé où?
C'est en lisant un bouquin d'Antonin Artaud, qui - s'inspirant de divers textes qui en faisait l’empereur le plus décadent de toute l'histoire de Rome; dilapidation des richesses, mœurs sodomites, brutalités diverses - en fait une figure métaphysique. Mais en se documentant sur Héliogabale, on a réalisé qu'il y avait dans la réalité plusieurs interprétations des faits et du personnage.
À quels médias faites vous parvenir votre album
Pour la première fois, on travaille avec une boîte de prod. (Domino Media) qu'on a mandaté pour la promo. Il nous aiguille pour les envois, fait lui-même de la grosse promo sur le net, il nous organise des interviews et fait un peu de booking également. Nous allons donc envoyer 100 press-albums à différents média ciblés. Et, je le redis, nous sommes très contents des premières chroniques.
Vous le jouez en concert?
Ça fait un moment déjà, six mois. On fait des sets de quarante-cinq minutes. On s'est rendu compte qu'il y a certaines parties qui, bien qu’intéressantes sur CD, le sont beaucoup moins en live...
Ho, donc c'est un gag votre rider qui dit que vous jouez soixante-six minutes?
Oui, désolé.
Pour rendre vos lives quasi aussi impressionnants que sur l’album, vous avez du matériel foufou?
On a trois kaoss pads, un kaossillator, un clavier sur scène et plein d’électronique dont on essaie de jouer en même temps que nos instruments traditionnels. Toutes les ambiances électroniques présentes sur album le sont également en live.
Quand sont prévus vos prochains concerts?
Une quinzaine de dates sont prévues entre la mi-octobre et la mi-décembre... on ouvre pour les Wounded Kings et Altar of Plagues à Paris (sourire béat) le 16 octobre et pour Gnaw (avec des ex-Khanate dedans) le 21 octobre avant d’enchaîner sur trois autres dates avec les mêmes Wounded Kings. Le vernissage officiel de l'album aura lieu le 3 décembre à l'Ecurie à Genève. Et on est en train d'essayer d'organiser un bout de tournée avec (…) un groupe vraiment ... (gestes mimant le doom absolu) à pâques et une autre en juin, le but étant de faire le plus de dates possibles.
Votre album est vraiment incroyablement dense, à la limite de l'audible parfois, vous espérez en vendre plus que dix?
On en a vendu plus que dix, regarde au dos du tien, c'est le numéro 285. Et de toute manière on s'en fout. On n’a pas enregistré quelque chose de vendable. Mais il y a un public pour ça. Notre précèdent album, Myrra, Mordvynn, Marayaa s'était vendu à quasi mille exemplaires, même si, bon ok, il est plus soft que celui-ci.
Vous l'avez enregistré tous en même temps?
Non, les deux guitares, la basse et la batterie avec Stéphane Kroug au Wood Studio (Lausanne), les voix, les claviers et les samples par JP, un des deux guitaristes, dans notre local.
Et pour le mix et le master, on a envoyé tout ça chez Raphaël Bovey (NDR Batteur de Kruger à ses heures perdues).
Justement, connaissant Raphaël qui aime Opeth, Katatonia, ce genre de productions très léchées, n'était-ce pas étrange de lui demander de faire le mastering ?
C'est lui qui nous l’a proposé, qui nous a dit qu'il voulait mixer Rorcal. Nous ont souhaitait prendre quelqu'un avec qui on n’a jamais bossé, afin que l'approche soit la plus originale possible. Qu'il fasse comme il l'entende avec comme seule directive que ça devait sonner cradingue. On est hyper contents du résultat. Je ne peux pas imaginer cet album sonner différemment. C'est génial, on a bossé avec un type super motivé.
Lors de l'enregistrement ou en live vous jouez au clic?
Non! On se connaît, on l'a composé ensemble, on connaît cet album! (…) On aurait trouvé horrible de se caler sur une impulsion générée par un ordinateur, c'est pas naturel, c'est inhumain. Notre dynamique est faite de connaissance mutuelle, de respect, d'amour, c'est parfois presque spirituel. Arrête de rigoler, c'est vrai. Grâce à ça on est clickless.
Ouais à part une petite partie guitares, va voir le teaser de l'album, il était impossible de la faire sans. (http://www.youtube.com/watch?v=q8ZKX8XCqhE)
L'objet est incroyable. Digisleeve totalement noir avec lettres gaufrées, livret avec couture rouge dans en enveloppe noire cachetonnée d'un « H » à la cire rouge...
Il y a trois personnes qui ont bossé sur le visuel, Bruno (basse), Diogo (guitares) et Ayshe Kizilçai. Bruno s'est occupé du logo; la conception de la pochette, le layout, le cachet de cire c'est principalement Diogo ainsi qu’Ayshe, c'est un peu inspiré de la réédition limitée de Afraid d'Impure Wilhelmina. Toutes les photos c'est Ayshe. Elles reprennent des moments clefs de l’existence d'Héliogabale réinterprétés de manière plus contemporaine.
Grâce à une subvention de PTR et aux économies du groupe, on a eu la chance de pouvoir bosser sans label, comme on le souhaitait. Ça vient d'une part, de la mauvaise expérience faite avec notre ancien label et d'une autre part du souhait de travailler sur ce projet entre proches et personnes de confiance. C’est la maman à Diogo, Esperança Almeida, qui a cousu la couture rouge... mais le dis pas, ça fait assisté. (NDR rêve toujours)
Je recommanderais à tout le monde de faire ça entre amis, c'est extrêmement agréable de ne pas être dans un rapport uniquement professionnel. C'est kitsch ce que je dis mais on est vraiment satisfaits du résultat, de le faire avec des gens que tu aimes, avec qui tu bois des coups, tu fais des pique-nique. Le vrai pendant maléfique de Rorcal, c'est qu'on est des bisounours, qu'on aime tout le monde et que la vie c'est beau (en tout cas quand on est entre nous)!
.vf






