A peine les premières sonorités consumées, on cerne le lointain, une vague d'espace-temps a scindé les choses, il y a de la distance, de l'évasion, et ces notes qui nous bercent doucement afin d'essayer de faire franchir, aux plus adeptes de l'envie d'éloignement entre eux et cette pauvre putain de civilisation, les dimensions, la barrière spatiale. Comme toutes expériences de détachement, celle-ci ne se passe pas sans douleur. Le déchirement s'intensifie, regardant droit dans les yeux ce qui faisait ton être, ce qui guidait ton corps et ton esprit. Puis, l'acclimatation prend forme, doucement, l'immense pensée de la plénitude traverse l'espace du néant dans lequel on se trouve, et on se laisse aller, à l'apaisement, à l'évanouissement de son corps. "Bury All That's Chosen".
Une fois disparus dans les profondeurs de l'espace, ces éléments n'ont guère de pouvoir et la déferlante sonore peut ainsi vaquer à son plein rendement.
Ainsi, nous pouvons maintenant plonger sereinement dans l'univers d'Adrift For Days. Encore un groupe... Un de plus... A croire qu'on ne se lasse jamais. En provenance d'Australie. Est-ce que cela influe ? Est-ce que l'Australie sonne particulièrement comme une terre providentielle où l'affrètement de voyages spatiaux et spacieux y serait plus propice ? Sans doute... Surement cette capacité surprenante à relativiser les dégâts collatéraux d'un mode de vie, accompagné d'étendues aussi vastes que le béton coulé dans toutes ces putains de villes comme par exemple au hasard..Paris. (C'eût été plus judicieux de faire ça un samedi pendant les soldes...)
Et on ne peut citer qu'eux pour établir la gloire de tout un pays : Ahkmed. Si si, australiens... Ayant dépassé depuis bien longtemps les barrières de notre galaxie ; alors forcément non, ici-bas n'étant plus visible, ils n'ont rien d'autre que l'émotion.
Le manque de concentration, dû à des éléments extérieurs incontrôlés venant frapper l'être aussi bien intérieurement qu'extérieurement, m'empêche d'assouvir au plus profond les ressentis et les détails sensoriels mais il faut faire avec cette variable constante.
Adrift For Days, avec "the Lunar Maria", est établi dans une sorte de PostRock/Psychédélique/Stoner/Doom/Ambiant, c'est selon, exécuté à la perfection et, sans surprise, bien évidement sous les influences de nombreuses références (Electric Wizard, Neurosis, Earth, etc.) de ces genres. Une musique qui explore donc plusieurs aspects et les réunie impeccablement, se servant du large panel des goûts de ses compositeurs et que peut offrir la scène. Et même si cela penche un peu plus vers les embrumés anglais, on ne s'en plaindra point, au contraire même...
La voix relativement elle-aussi bien diversifiée est un atout considérable qui nous fait divaguer dans les atmosphères planantes du groupe pendant ces plus de 70 minutes d'écoute.
A la dérive pendant des jours, je m'éloignais des côtes, de la masse de perdition et des montagnes, je me retrouvais loin, si loin, dans du vide, à flotter et nager en apesanteur. "The Leech" est un véritable moment de grâce, où le corps cède devant les instruments et voix. Un voyage mouvementé parmi les étoiles et une pénétration dans l'ésotérie des couleurs et des émotions. Puis, c'est comme si les étoiles se faisaient plus rares, les rayons de couleurs psychédéliques s'assombrissant sous le coup d'une atmosphère plus pesante, toute aussi déphasée. C'est le Doom qui s'impose en premier lieu avec le plus d'accroche sur "Within These Walls" et "Along The Moon River", entre-coupé des autres perles sonores de la scène, il pousse encore plus loin... A chaque pas, on s'éloigne encore un peu plus, jusqu'à se perdre dans le néant, sans aucune considération pour nulle planète. (On est attiré par le brillant...) Et pour clore le voyage, histoire de bien verrouiller les portes spatiales, Adrift For Days a dérivé tellement loin que la musique devient Drone...
Un tel mélange est rare, c'est à souligner, et à écouter, dans un classieux et sobre digipack à la matière de velours.
/T.







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