Voici ce que j’ai pensé: L’ambition est devenue la seule et véritable vertu de notre époque, omettant ainsi, par un joli tour de passe-passe, toutes les autres… devenues à présent désuètes. La marginalité n’apporte que souffrance, et la souffrance ne conforte qu‘un peu plus la marginalité. Nietzsche, qui ne jouira jamais de la plénitude de l’oubli, l’avait que trop bien diagnostiqué: « Dans la solitude, le solitaire se ronge le cœur, dans la multitude, c’est la foule qui le lui ronge. Choisis donc! ». Le cul entre deux, trois, quatre… dix chaises. Incapable de renoncer à cette décrépitude généralisée par ces réseaux interconnectés, incapable de continuer le semblant dans toute cette invraisemblance. Et pourtant, il faut bien vivre ici-bas… Tout est usé, jusqu’au nerf de la vie, ce cordon cylindrique blanchâtre qui cédera d’une heure à l’autre à cause d‘un cancer généralisé incurable… Même ces mots, ces constats nihilistes devenus banals car généralisés et généralisables, ressassés par la multitude qui le soir, dans son lit, alors que l’ordinateur connecté à l’Internet se met en veille en émettant des ondes neurodégénératrices prochainement déclarées comme problème prioritaire de santé public; alors qu’une centrale nucléaire fissionne (ou fusionne… peu importe, tant que l’irrémédiable ne se produit pas) des noyaux atomiques pour leur permettre de pousser le thermostat de leur radiateur à onze sur dix; alors qu’ils digèrent des aliments imputrescibles qui seront interdits demain à cause des hémorragies intestinales qui leur feront chier du sang dans ce même lit; alors que la voix douce et suave de leur génitrice, à peine sortie d’une de ces usines neurochimiques pour esthétisme dans l’espoir d’atteindre l’immortalité sans même la vivre, embrassera sa progéniture condamnée sur le front en lui souhaitant quand même de faire de beaux rêves dans ce cauchemar quotidien; alors oui, après cette routine journalière sans lendemain ni sens, la multitude est persuadée, indéfectiblement, d‘avoir le monopole de la souffrance, d‘être l‘unique et seule personne où se presse tous les malheurs de ce monde déjà mort. Mais l’ambition est là, la sauveuse dissipera ce sentiment illusoire, et le pas sera franchis… oubliant ainsi, après coup, les petits tracas pubères qui n’étaient au final rien de grave, juste un constat illuminé, sûrement causée par… je ne sais quelle raison. L’ambition leur donnera désormais un sens à une vie qui n’en a plus.
Et voici ce que j’en ai pensé: pourquoi ne pas goûter, donc!, à cette ambition, clé manifeste de tous les maux auxquels les mots, eux-mêmes, ne suffisent même plus à décrire? L’aventure Falling Down par exemple. Falling Down II compilation distribuée dans toutes les FNACs et VIRGINs de France? D’Europe? Pourquoi pas. Du Merchandising Falling Down? Des… tee-shits en polyester, des sweats en polyurethane? Des serviettes de bain?! Des strings Falling Down homme et femme? Des sex-toys Falling Down, garantie 2 ans, satisfait ou remboursé? Pourquoi pas. Ou alors un festival Falling Down, en pleine montagne, coupé du cancer de la terre, entrée privée/substance illimitée? Un magazine Falling Down, traduit en 24 langues différentes, pressée à des dizaines de milliers d‘exemplaires sur du papier recyclé, imprimé en France? Pourquoi pas. Mieux encore, une chaîne mondiale de coffee-shop, implantée sur les cinq continents, partenaire d’une Organisation Non Gouvernementale qui lutte contre l‘économie souterraine et le trafic de drogues? Une compagnie aérienne Falling Down, cotée sur les principales places boursières du globe, sponsorisée par les multinationales (MTV, Myspace, MCM, etc.) soucieuses de l’art, et plus particulièrement de la musique, compagnie aérienne spécialisée dans le transport de musiciens/festivaliers aux quatre coins du monde? Pourquoi pas, si c‘est l‘unique solution pour tourner la page, en espérant que la prochaine soit mieux écrite. Et l’intégrité? La sincérité? L’honnêteté? À une personne qui m’interpellerai avec ces/ses concepts abstraits, je lui demanderai de patienter quelques minutes, le temps de prendre un dictionnaire, numérique, et de lire les définitions de ces mots… afin de me rappeler leur sens, de soigner cette curieuse amnésie. Souvenirs confus de quelque chose mais de quoi? Type de langage: vieilli, parlé dans l‘ancien français. À cette personne, si elle a été patiente, et si elle veut toujours entendre ma réponse, je lui répondrai, évidemment, de ne pas s’inquiéter, que cette curieuse fin justifie les moyens, qu’il faudra toujours casser des œufs, même si l’omelette se révèle être rance, âcre et… incomestible. Et puis, en me rassurant, je lui rappellerai, sourire au coin des lèvres et des dents photogéniques, que « l’ambition est devenue la seule et véritable vertu de notre époque, omettant ainsi, par un joli tour de passe-passe, toutes les autres… devenues à présent désuètes. ».
Voici ce que j’ai donc pensé: Baroness a eu trop d’ambition. Je ne pensais pas que le groupe allait décider de prendre la route (autoroute?) du succès, une voie rapide qui risque prochainement de bouchonnée quand on voit la quantité de groupe tentée de l’emprunter. Un formatage calculé en fonction d’attente grand public, un calibrage artistiquement grossier et économiquement plein de finesse, la déception l’emporte haut la main (invisible). Comme dans tout bon produit de consommation massive qui se respecte, l’emballage (signé John Baizley, très inspiré… mais par Alfons Mucha et l‘Art Nouveau, donc rien de très nouveau pour le coup) a été soigné. À un groupe qui me déçoit autant, je ne peux juste que mentionner ma déception, sans néanmoins me justifier étant donné l’énormité des dégâts: pas de temps à perdre avec ce Blue Record en justification évidente.

















