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INFERNO FESTIVAL

Live report, Lausanne (2014)

http://fallingdownzine.blogspot.fr/2014/07/inferno-festival-live-report-lausanne.html


INFERNO FESTIVAL – LAUSANNE
2014
.fallingdownzine


« Dans le domaine des opinions individuelles, on peut toujours discuter, parce qu’on ne dépasse pas l’ordre rationnel, et parce que, ne faisant appel à aucun principe supérieur, on arrive facilement à trouver des arguments plus ou moins valables pour soutenir le « pour » et le « contre » ; on peut même, dans bien des cas, pousser la discussion indéfiniment sans parvenir à aucune solution, et c’est ainsi que presque toute la philosophie moderne n’est faite que d’équivoques et de questions mal posées. Bien loin d’éclaircir les questions comme on le suppose d’ordinaire, la discussion, le plus souvent, ne fait guère que les déplacer, sinon les obscurcir davantage ; et le résultat le plus habituel est que chacun, en s’efforçant de convaincre son adversaire, s’attache plus que jamais à sa propre opinion et s’y enferme d’une façon encore plus exclusive qu’auparavant. En tout cela, au fond, il ne s’agit pas d’arriver à la connaissance de la vérité, mais d’avoir raison malgré tout, ou tout au moins de s’en persuader soi-même, si l’on ne peut en persuader les autres, ce qu’on regrettera d’ailleurs d’autant plus qu’il s’y mêle toujours ce besoin de « prosélytisme » qui est encore un des éléments les plus caractéristiques de l’esprit occidental. Parfois, l’individualisme, au sens le plus ordinaire et le plus bas du mot, se manifeste d’une façon plus apparente encore : ainsi, ne voit-on pas à chaque instant des gens qui veulent juger l’œuvre d’un homme d’après ce qu’ils savent de sa vie privée, comme s’il pouvait y avoir entre ces deux choses un rapport quelconque ? »


Imaginez-vous : il y a de cela environ huitante ans (phénomène d'acculturation prononcée), le moqaddem Frithjof Schuon rend possible la création de deux groupes initiatiques helvétiques, où il y sera question de soufisme, ce qui se révélera être une véritable prouesse afin de tenter de répandre la Tradition (métaphysique/guénonienne) au sein d'un Occident pleinement révélateur du cycle Kaliyuga : l'un se trouvera dans le trou du cul de la Suisse (Bâle) ; l'autre à Lausanne.
Une véritable prouesse alors qu'une civilisation entière part se perdre dans les méandres du matérialisme, du progressisme & du scientisme ; rejetant le Divin.
« La tradition islamique, et plus précisément la qualité du musulman, repose sur trois éléments ou états fondamentaux : la foi (el-imân) dont le siège est le cœur, l'abandon ou la soumission (el-islâm) qui concerne tout l'être et la vertu (el-ihsân) qui consiste en la progression des deux éléments précédents. Seul ce dernier état concerne l'ésotérisme (taçawwuf) tandis que la foi et la soumission relève de l’exotérisme (shari'a). La majorité doit suivre la grande route (shari'a) et se conformer aux règles religieuses tandis qu'une minorité emprunte la voie étroite (tarîqa) pour accéder à la connaissance de Dieu (haqîqa). Cette identification à Allah dépend d'une progression spirituelle qui s'appuie sur deux piliers : l'amour (el-mahabba) qui correspond au don de soi et la connaissance (el-ma'rifa) qui implique une participation directe à l' « Acte pur ». Schuon conclut son exposé en rappelant quel est le terme du chemin : « On peut donc dire que la Connaissance mène activement, et l'Amour passivement, à l'Unité qui exclut toute séparation. » ».

Voyez-vous : il y aura de cela environ huitante ans plus tard, un rassemblement de 1° gauchistes à 5000 balles par mois se paluchant sur la misère des autres de par le monde et notamment la manière tout de même quelque peu scandaleuse avec laquelle les immigrés sont accueillis ici-bas, alors qu'eux se sentent quelque peu indisposés à être enfermé dans leur cage dorée discréditant quelque peu leur discours humaniste, soucieux de ce détail subalterne qu'est le social et palliant ainsi leur vide existentielle par l'associatif, les squats, le D.I.Y, la camaraderie de quartier, l’absinthe et les chiens ; 2° jeunes individus à l'animosité religieuse aussi précaire que l'est leur réalisation métaphysique, condamnés à la multiplicité et à la raison pour des siècles et des siècles, ainsi qu'à la moquerie de part leur satanisme allah new-age ; 3° féministes particulièrement pénibles à vouloir se laisser pousser les poils sous les bras, ce qui est vraiment regrettable ; et à prôner l'égalitarisme farouche, donc le nivellement de la vie par le bas puisque « le supérieur ne peut émaner de l'inférieur » tout comme « le « plus » ne peut pas sortir du « moins » ; alors que leur boyfriend se paluche cette fois-ci dans une salle du Moderne ou sur Youporn en cachette, où il est possible de « s'égarer aussitôt dans un infini de recherche par mot-clés, qui font la luxuriante Psychopathia sexualis du XXIème siècle disponible en catalogue d'images actives de home movies, de HD professionnelle, et même en relief, classés par rubriques et sous-catégories de pulsions et de troubles de la personnalité spécifiques » ; 4° d'alcooliques latents qui ne savent plus que se détruire face à leurs maux existentielles, victime d'amnésie exacerbée puisque remettant pour ainsi dire le couvert hebdomadairement (même s'il leur arrive de boire au goulot de la bouteille), malgré leurs dires de la veille ; 5° de consommateurs frénétiques de diverses drogues afin d'échapper, eux-aussi, à cette réalité pour une autre moins soucieuse et plus sucrée, proférant à leur manière, pour ainsi dire, l'intuition d'une gnose au sein de telle ou telle molécule active ; etc., se donnent rendez-vous dans un quartier où il est plaisant d'y dévisager et d'y déjamber des filles de l'Est à la plastique plutôt avantageuse.

À noter également la présence de quelques amoureux de la musique.




Aux quelques lecteurs subsistants encore à la suite du précédent paragraphe, voici ce qu'il m'est possible d'écrire sur cette édition deux milles quatorze de l'Inferno Festival à Lausanne :

    When Icarus Falls : voici donc un groupe qu'il me pressait de revoir. A vrai dire, le charisme de leur chanteur a justifié à lui seul mon déplacement aux Docks ce soir-là. Ce nouveau singe de l'Espace (pas forcément autogéré, qu'on s'y accorde) dégage un je-ne-sais-quoi qui a littéralement retourné ses frêles admiratrices présentes au premier rang. Entre cris aigus survoltés et tonnerre d'applaudissement, c'est avec une poigne de fer qu'il aura maîtrisé d'un bout à l'autre ce concert ; à tel point que je n'ai pas vu passer ces 45 minutes en leur compagnie.

    Cortez : voici donc un groupe qui m'a mis l'une des plus grosses claques en live au cours de ces dernières années. Pour avoir eu le privilège de les voir à plusieurs reprises depuis la fin de leur hiatus, cette date lausannoise était vivement escomptée ; et a fortiori puisque ça a été la dernière date avec Antoine à la guitare/aux guitares. Moment à haute dose d'émotivité lorsque la passation entre ce dernier et Christoph Je-suis-partout-même-là-où-l'on-ne-m'y-attend-pas Noth s'est produite : la fin d'un concert homérique grâce à deux incroyables guitaristes, couplé à l'un des batteurs/chanteurs les plus impressionnants qu'il m'ait été donné de voir en live (je suis sérieux), et vous obtenez un moment d'anthologie. En tant que grand fan du groupe depuis ses débuts, je remercie l'Inferno Festival de m'avoir permis de vivre ce moment qui restera gravé à jamais dans ma mémoire (ndmoi : la consommation frénétique abordée supra m'empêche néanmoins de me le projeter à ma guise contre la petite toile de mon esprit).
    Au final, un concert sans réel « Temps-Mort ».

    Kehlvin : Qu'il est bien loin le temps où j'étais à peine capable de leur parler sans m'effondrer littéralement de timidité & d'admiration, Ô douce Impermanence : à présent, on s'appelle entre nous « pédé », et on va ensemble à la montagne taper un barbecue.
    Concert dantesque, auquel le public se verra gratifié pour l'occasion de deux nouveaux morceaux incroyables, peut-être même joués pour la première fois devant une assistance publique. Même si ma préférence tend plus vers un « The Mountain Daylight Time » qu'un « The Orchard Of Forking Paths », force m'est d'admettre que le concert de ce soir restera dans les anales du hard : un public respectueux au possible (si vous aviez vu ce silence de plomb qui régnait dans la salle, sans doute trop admiratif pour jacasser comme à son habitude), une qualité de son en façade exceptionnelle (c'est simple, je me suis cru dans un auditorium à l'image de celui de Stravinsky : il était possible de parler à son voisin sans même porter de boules Quies !), et des musiciens complètement transcendés par leur musique au point d'avoir l'impression qu'ils n'étaient plus vraiment présents parmi nous ce soir-là.
    Personne n'aura regretté le déplacement pour ce qui semblait être un rêve éveillé.

    Spirit Caravan : Le grand-père Wino qui exhume la totalité de tous ses vieux projets musicaux afin de payer ses factures ?! Ce serait regrettable de se priver de la mendicité.



    Kylesa : Oh putain. Peut-être serait-il désormais judicieux d'entrevoir à quel point ce groupe est devenu catastrophique. Brièvement : je me rappelle de cette période où Season of Fist avait signé le groupe PAR PASSION et non pas pour un intérêt bassement mercantile (la vague Baroness/Mastodon/Torche relançait quelques espoirs en terme de vente à ce moment-là), et lui avait « commandé » un album à livrer fissa dont le nom m'échappe momentanément (pour preuve, le laps de temps entre le précédent album et celui-ci était d'à peine une année). Il s'agissait de ne pas trop tarder, de ne pas trop s'attarder & de surfer sur cette vague pendant qu'il en était encore temps.
    S'en est suivi, avec une grande surprise, un album de merde, et une tournée européenne puis américaine puis européenne puis américaine puis australienne puis européenne et ce dans un délai de 6 mois (et encore, je suis large). Au point d'en arriver à un stade où la possibilité de les voir jouer à domicile était plus récurrente que celle de voir la Boule et les trois petits nains à l'action dans un épisode de Fort Boyard (private joke).
    S'en est suivi d'autres albums dans la constance à décevoir relève de la prouesse artistique, & une quantité innombrable de tournées toutes plus fabuleusement routinières les unes que les autres.
    Le résultat : un groupe essorée ; vidée de toute substance artistique digne d'un quelconque intérêt, sans plus aucune envie d'en découdre ; aspiré dans des logiques désormais bassement professionnelles, répétant inlassablement des mécanismes tirés d'un travail à la chaîne.
    À entrevoir à quel point ce groupe est devenu catastrophique, c'est avec pitié que je me suis cassé de leur show merdique après trois morceaux : Laura, c'est l'angoisse de t'entendre « « « chanter » » » en clair, mais alors vraiment.

    Gojira : Le 18 novembre 2005, j'assiste à mon premier réel concert de metal : Gojira se produira au Brise-Glace d'Annecy. Pour l'occasion, j'avais attaché une certaine importance à être le premier débile à monter sur scène afin d'y slamer (leur DVD de l'époque était une sorte de Manuel Pour les Nuls Du Slam) ainsi qu'à les photographier avec un appareil photo jetable. Véridique : j'étais en ces temps titulaire d'une certaine frénésie.
    Une petite dizaine d'années plus tard, je reste encore un grand admirateur de leur musique, même si mes goûts musicaux ont depuis vivement évolué. Pour les avoir vu à de nombreuses reprises au cours de ces dernières années, je me suis réjouis ce soir-là de les revoir dans une « petite » salle, où leur énergie et la mienne/notre ont été véritablement consubstantielle. C'était vraiment un chouette moment passé en leur compagnie. Les gars ont encore et toujours toute ma sympathie, et c'est avec un plaisir non-dissimulé que je me suis replongé dans le naguère & autre autrefois : j'y ai même retrouvé cette agréable douleur des cervicales le lendemain, puisque particulièrement maltraitées sur un « Love », « Clone », « Backbone » et autres morceaux incroyables tel que « The Art of Dying ».

    Cult of Luna : Mon amour de jeunesse commence doucement mais sûrement à s'effilocher, et vous le savez : on ne badine pas avec l'amour.
    Il me semble que c'est la troisième fois que je les vois depuis la sortie de Vertikal : vous excuserez donc d'avance cette crasse approche comparatiste, mais on arrive bientôt à la fin de cet article, et je ne suis pas d'humeur à le relancer par une impulsion quelconque, à savoir : ma première expérience sexuelle avec un ladyboy, le bouddhisme mahayana, le butô, les situationnistes, Baraka, la DMT, la mutation des politiques publiques européennes, des histoires d'amour à la poésie bukowskienne, le projet Hamster, ou que sais-je, ou à peu prêt tout.
    Je garde un piètre souvenir de leur concert au Rock Altitude Festival : scène trop grande, son discutable, interview merdique avec Johannes, ou curry végét-à-rien pas assez épicé, peu importe. Ça n'avait clairement pas joué ce soir-là.
    Je garde un meilleur souvenir de leur concert à Amsterdam en compagnie d'Amenra : superbe scène, son agréable, coffee-shop incroyable, ou set-list bien pensée (ce sera la seule fois où il me sera permis d'entendre l'éthéré « Passing Through »), peu importe. Ça avait clairement plus joué ce soir-là, excepté le massacre de « Dark City and Dead Man » : l'un des plus grands mystères de mon existence, à égale intensité avec celui de la Tula hyperboréenne ou le mystère d'Agartha. Comment était-ce possible de saccager à ce point ce morceau et sa fin dantesque ? Mystère.
    Je garderai un bon souvenir de cette date ce soir : scène parfaite, son parfait, set-list parfaite (pour preuve, tout ce que je souhaitais entendre a pu être entendu : « Finland », « Dark City and Dead Man », « In Awe of », l'interminable « Vicarious Redemption » avec son putain de passage phénoménale juste après le passage dubstep/au wooble, « Ghost Trail » ou encore « I : The Weapon »). Malgré ces conditions parfaites, qui m'auront assurément fait passer un agréable moment, je ne suis pas sur que je retomberai à nouveau amoureux de ces suédois.
    On ne badine décidément vraiment pas avec l'Amour.

Eu égard à la longueur de cette article, je reprocherai in fine à l'organisation de l'Inferno Festival d'avoir programmé autant de groupes talentueux en un soir : l'année prochaine, n'hésitez pas à écrémer quelque peu la programmation.

Le lendemain sera l'occasion pour les « métalleux » les plus endurcis d'assiter à quelques grosses pointures internationales : Solstafir, Death ou ce qu'il en reste, Gorguts, Arch Enemy et Mayhem, seul véritable groupe capable de susciter mon intérêt au sein de cette seconde journée.
Finalement, j'irai assister à une regrettable déception en compagnie des génies de ZU ; avant de me rendre EN TAXI à un squat dans une zone industrielle désinfectée, rempli de marginaux sociaux à l'hygiène discutable pour une consommation frénétique de divers acronymes dont je ne souffle mot.

Je tiens également à les remercier sincèrement pour leur travail sur cet événement, ainsi que de l'accueil qu'ils m'ont adressés : c'était ma première édition, et sûrement pas la dernière. 



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CAMION

Interview (2014)

http://fallingdownzine.blogspot.fr/2014/05/camion-interview-2014.html




  1. Le groupe existe depuis 2005, mais il ne me semble pas inopportun de vous demander de vous présenter quelque peu... 

    On est 4 lausannois amateurs de rock au sens large. A la base, le groupe était un side-project, mais vite, ça a tellement plus moshé dans le public que les autres groupes, que c'est devenu le groupe principal pour nous. On nous a plusieurs fois taxé de « Down suisses », mais on ratisse volontiers plus large : stoner rock, metal, oui, mais aussi vieux blues, rock'n'roll, folk byzantin ou encore musique d'ascenseur. Bref, on fait du Fonk..

  2. Permettez-moi de m'attarder sur le point suivant : pourquoi ne pas avoir choisi un énième anglicisme comme nom pour votre band ? Comment vous est venu l'envie de vous appeler Camion ?

    L'histoire veut que la premier batteur voulait qu'on s'appelle Truck, mais, justement pour éviter un Xème anglicisme, on s'est dit : « on est vaudois, on va faire local ! », donc Camion est apparu comme ça. Ça représente bien le groupe : bourrin, mais avec un côté décalé et rigolo. Pouet pouet quoi ! 

     
  3. Vous venez de sortir votre deuxième album, « Bulls », en autoproduction. Vous avez décidé, à nouveau, de travailler avec Raphael Bovey, bien connu en Suisse romande puisqu'il a travaillé par le passé avec des groupes tels que Impure Wilhelmina, Rorcal, Abraham, Kruger ou encore Ventura. Pourquoi ce choix ? Il vous semblait bénéfique de travailler avec quelqu'un qui vous connaisse déjà ?

    On était hyper satisfait du son et du travail avec lui pour le premier album, donc c'était logique pour nous de reconduire l'expérience. En plus, comme tu le dis, il commence à avoir une jolie renommée, et pas seulement en Suisse. Mais ça c'est clairement grâce à nous. 

     
  4. Sans parler de « révolution », on peut néanmoins difficilement s'abstenir de parler d'évolution vous concernant : comment voyez-vous « Bulls » par rapport aux morceaux de « Balls » ?

    Effectivement, Balls et Bulls sont assez différents. Il faut savoir que, d'une part, on a traversé des périodes pas très drôles durant la composition de notre deuxième album, et ça se ressent sûrement sur les compos, et d'autre part, on était d'avantage influencé par des groupes de stoner-doom, des trucs plus sombres en général, donc voilà, globalement, il sonne d'autant plus « metal » que le premier était rock'n'roll. 

     
  5. J'y ai, pour ma part, trouvé un cocktail détonnant de tout ce que les musiques extrêmes nous ont proposé de plus énergique ces dernières années, sans néanmoins vous enfermer dans un quelconque sous-genre à la mode. Pour le dire autrement, je n'y ai pas trouvé ce désagréable arrière-goût d'opportunisme, quelque peu récurrent depuis quelques temps. Comment vous-voyez vous, et vous situez vous, au sein de cette « scène » ? Du genre à scruter la moindre des nouveautés ou vous êtes plus du genre à être restés bloqués sur quelques classiques du genre ?

    Je pense que c'est simplement le fait qu'on est un groupe démocratique, et que dans notre processus de création, chacun a voix au chapitre. Ça donne le mélange d'influences diverses que tu peux entendre sur Bulls. Mais on ne calcule rien à l'avance, on ne se dit pas « on veut faire du deathcore » (à tout hasard) ou « on veut faire du post-machintruc-atmosphérique à tendance néo-classique ». 



  6. Finalement, suite à des changements de line-up, vous avez fini par jouer avec une seule guitare : en quoi cela a affecté votre processus de composition ? C'était un choix de mettre bien plus en avant la basse, par rapport à vos morceaux plus anciens ?

    En référence à la réponse précédente, ça a probablement rendu le processus de création plus efficace, vu que on était un de moins à apporter nos influences. Mettre la basse plus en avant était une suite logique, et pas forcément une volonté préméditée, c'était plutôt que sur le moment, on avait pas envie de chercher un nouveau guitariste qui nous correspondait, on a voulu essayer avec une seule gratte. Et on est très content du résultat. 

     
  7. Pour vous avoir vu lors de votre soirée de vernissage en compagnie de Church of Misery, c'est à mon sens en live que la musique de Camion prend tout son sens : c'est sur scène que vous prenez le plus de plaisir ? 

    Ah ouaip carrément ! Mais avec certaines stars du porno aussi. La scène, c'est le moment où t'as la chance de pouvoir transmettre tes créations à un public, et on a toujours énormément de plaisir à le faire, on est du coup très expressifs. Mais d'une manière générale, le rock c'est une musique faite pour le live, pour se défouler dans la fureur et la sueur houblonnée, et je crois qu'on ne déroge pas à la règle.


  8. Vous avez également été les vainqueurs du prestigieux Swiss Live Talent : vous pouvez revenir sur cet événement ? Était-ce gratifiant d'avoir ces retours élogieux de personnes n'évoluant pas forcément dans cette scène ?

    Oui exactement, ça nous a donné un autre retour sur notre musique, que celui d'un public par exemple. Pas que l'on dénigre ce dernier, bien au contraire, mais là, quand un jury international nous a désigné « meilleur groupe metal de suisse », on s'est vraiment dit que, en fait, c'est pas si nul que ça ce qu'on fait ! Ça nous a donné un boost de motivation et de conviction indéniable. 

     
  9. Quelles sont, selon vous, les conditions optimales pour écouter « Bulls » ?

    En live bien sûr ! Autrement, en mangeant des sushi et des cupcakes, ou en se touchant sur une toile post-impressionniste nord-coréenne des années soixante. 





                                                               


    .caedes 


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CHURCH OF RA

Tour report, France (2014)










Mes sincères remerciements et l'expression de ma profonde gratitude à Colin, Mathieu, Vincent, Stefaan, Vince & Kongfuzi, Jean-Luc, Jacky, Clément & Clément, Serge, Ondine, Régis, Virginie, François, Quentin, Renaud et son pote, Jean-Pierre, Matthieu et sa copine, Bastien, Julie, Esteban, Antoine, Clément, Anne-Marie, Stéphanie, Michel & Thomas.




« La liberté existe toujours. Il suffit d'en payer le prix. »

Henry de Montherlant, Carnets 1957


S’il m’avait été possible de le faire, c’est à pied que j’aurais suivi cette tournée, à la manière d’un pèlerin (voyage fait par dévotion). Mais ce n’était pas le cas.



Un peu plus de 2100 kms, afin d’assister à trois reprises au concert d’un des très rares groupes dont je m’estime fan, en dépit des centaines que je connaisse & des dizaines que j’aime (fan, tel un fanatique résolu au fanatisme). Trois reprises. Et pour pallier au prévisible manque d’imprévisibilité, tel un toxicomane que je ne suis pas relevant « à propos du trajet à rouler sans effort en automobile étanche sur des autoroutes indifférenciées ; que la destination atteinte […] se propose avec moins de réalité, d’évidence à sa singularité, d’existence physique, de temporalité particulière, que si l’on y était arrivé par l’ancienne route nécessitant de la concentration tout du long (c’est malheureux mais c’est comme ça) ; et qu’en conséquence nous-mêmes y étions moins présents, avec moins de conscience d’être , donc moins d’intensité existentielle, moins de contact anémique avec ce qui existe là alentour. Que c’est moins un ailleurs devenant cet ici singulier dans la géographie du monde. », c’est à la procrastination que je me suis finalement, et peut-être même inconsciemment, résolu à me confier : un tant soit peu, ou si peu, d’excitation sur le comment du prochain trajet, et du prochain logement pour cette nuit-ci. Peut-être pour me rappeler cette excitation de l’autre bout du monde. 

S’en est suivi ce qui suit. 


CHURCH OF RA

AMENRA, TREHA SEKTORI, OATHBREAKER & HESSIAN

Paris, La Maroquinerie, le 13 Avril 2014. 


À faire du covoiturage depuis Genève jusqu’à Paris durant 5 heures, vous pouvez très bien vous retrouver dans une situation non-escomptée : à le faire en compagnie d’un réalisateur de documentaire, vous pouvez également vous rendre compte que les affinités distordent le temps, pour ainsi dire.
Cet inconnu de jusqu’à lors m’annonce qu’il s’est inspiré, pour son premier court métrage, d’un certain Alan Weisman, notamment auteur de l’essai « Homo Disparitus (« The World without us ») publié en 2007, dont j’avais eu et pris le plaisir de découvrir à peine plus tard sa publication : à l’époque, le titre m’avait fait comme un effet euphorisant.
Voici d’ailleurs l’un des extraits retranscrits par mes soins, il y a de cela à présent quatre ans, à la toute fin de cet article sur Wolves In The Throne Room/Rorcal.

Disais-je, donc, un voyage qui n’en a eu que le nom : j’ouvre la portière, la ferme, puis la réouvre, et me voilà déjà arrivé. Les jambes à peine engourdies.
S’en suit des retrouvailles, particulièrement appréciées. Puis un souvenir : remontant Ménilmontant, je me rappelle m’y être rendu une première fois pour une toute autre raison. Une de celle où il y est question d’auteur, de décès, et d’incommensurable respect. In memoriam. 


Je découvre pour la première fois la salle de La Maroquinerie : entrée triomphante, et discrète. Il y a dans ce public de toutes les couleurs : du gris foncé, de l’aile de corbeau, de l’anthracite, du bleu de Prusse, de l’ardoise, du charbonneux, de l’ébène, de l’hoto, du jais, du moreau. Du noir, en somme. Et je débarque avec l’une de mes dernières acquisitions de chez Pete Chenaski : une dotsgrid brown-brown du plus bel effet, qui m’a propulsé à vitesse V dans les sphères des étrangetés.  

Beau. 


Semble-t-il, Hessian a du jouer à 16h30, à l’heure où nous prenions un verre à l’une de ces terrasses parisiennes : je viens, désormais, d’un pays où il n’est pas socialement valorisant de planter sa tente Quechua sur le trottoir, à la vue de tous. Une pointe d’humour appréciée, et rapportée par mon ami, me permit de tolérer ce bivouac sauvage salopant quelque peu la brillante image touristique de Paris: « Le hérisson, c’est trop bon ! ». 

 


Oathbreaker débarque sur scène à notre arrivée, dans un timing presque parfait : il l’aurait été si cette dernière avait coïncidé avec le larsen de fin de concert. Ainsi soit-il.


S’en suit quelques constats : la Maroquinerie est pleine à craquer, je suis décidément allergique à la moindre réminiscence punk, et je n’ai pas écouté leur dernier album Eros|Anteros et ne l’écouterait sans doute pas.







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Le concert à peine terminé, je me faufile devant la scène, tout devant. Et, surprise.




Convaincu d’avoir loupé Treha Sektori, je constate qu’il n’en est rien : Dehn Sora s’installe sur scène, tout comme Bjorn ajuste les différents éléments de sa batterie. Choix habile d’intercaler Treha Sektori, en dépit de toute considération de notoriété, entre les deux premiers groupes et Amenra, et a fortiori lorsque l’on considère en terme d’ambiance. Ainsi qu’en terme logistique : Levy, bassiste d’Amenra, joue également de la guitare dans Hessian ; tout comme Lennart, guitariste d’Amenra, l’est également dans Oathbreaker. D’ailleurs, Tim joue de la batterie dans Hessian, alors que Colin & Mathieu d'Amenra jouent par ailleurs, et respectivement, de la basse et de la guitare dans Kingdom en sa compagnie. De plus, Gilles Demolder se trouve être le bassiste d’Hessian, mais également de Oathbreaker. C’est d’ailleurs sans compter sur le fait que Dehn Sora joue avec Colin & Mathieu d'Amenra dans Sembler Deah que je vais m’arrêter dans ces considérations quasi-généalogiques, en signalant tout de même qu’ils viennent de sortir un split Amenra/Treha Sektori (qu’on a eu l’extrême gentillesse de m’offrir): ni voyez pas là une tentative de démonstration, à aucun instant le terme de consanguinité m’a traversé l’esprit. Je n’explique d’ailleurs toujours pas sa présence dans ma précédente phrase (à la rubrique Que sais-je ?, saviez-vous par ailleurs que Caro Tanghe, chanteuse s’il en est dans Oathbreaker, a déjà joué en compagnie de Lennart, sans que ce soit néanmoins dans Oathbreaker, mais en guest dans Amenra, donc avec Colin, Mathieu, Levy ainsi que Bjorn, lors d’un fameux 23.10 ?).





Disais-je, donc, qu’Amenra s’installe en même temps que Treha Sektori : inutile de pousser la déduction, et/ou même l’induction, dans ses plus sombres retranchements pour se rendre compte qu’il n’y aura plus vraiment de coupure à cette soirée avant la Messe.




À dire vrai, excepté les pères de cette Church of Ra, seul ce one-man band suscite chez moi de l’intérêt pour ce qui est de cette tournée: pour m’être effectivement penché attentivement sur sa musique, et pour avoir échangé quelque peu avec ce dernier (et notamment via cette interview), il me tardait d’assister à l’une de ces représentations. En dépit de toute considération sur la situation présente (outre l’écart homérique de style musical, difficile à gérer et pallier, et la quantité de connards dans cette salle dont je me ferais un plaisir d’aborder dans les prochains paragraphes), je dois à la vérité d’admettre que je n’ai pas été déçu, et que les attentes formulées n’ont pas entraîné ipso facto de déception : c’est un peu à la manière de ce que j’avais pu m’imaginer dans l’une de mes rêveries d’un promeneur solitaire. Je développerai plus longuement sur les prochaines dates, sachez donc dans un premier temps que je le considère véritablement intègre & honnête dans sa musique, et plus généralement dans son approche artistique. Ce qui est loin de n’être rien, nous en conviendrons.


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« It’s time to make your life worthwile »


Amenra





Je développerai également mon ressenti sur Amenra un peu plus tardivement dans cet article, et me permets de saisir ce qui m’est apparu, a posteriori, comme la spécificité de cette date parisienne.




Quelques rappels, ou précisions, pour ceux présents à cette date:


Publié en 1956, Mishima écrit à l’époque, dans son œuvre « Le Pavillon d’Or », cette beauté littérale, qui résonne comme vérité : « … Ce qui donne un sens à notre comportement à l'égard de la vie est la fidélité à un certain instant et notre effort pour éterniser cet instant... ». Voilà qui peut résumer, quelque peu, l’état d’esprit dans lequel je me trouve à un concert d’Amenra.




Dans son œuvre « Vie de Rancé », Chateaubriand écrit quant à lui, quelques décennies plutôt, quelques milliers de kilomètres plus loin, cette autre vérité à l’arrière-goût amer d’oubliée : « Le silence, ornement des solitudes sacrées. ». 


 


Et pour cause, silence et solitude vont de pair car le premier protège la solitude intérieure et favorise le recueillement, donc la volonté d’éterniser cet instant, ce présent. Au commencement, je vous l’accorde, il faut un effort pour quiconque afin de se taire intérieurement, quelque chose en nous qui nous pousse à plus de silence, pour ainsi dire. Il y a, en effet, ce silence intérieur autrement plus ardu que l’absence de paroles ; mais si seulement nous en étions déjà là… (« Pour se disposer à une telle rencontre rien n’est plus important que de demeurer à l’écoute. Devenir silence à l’écoute du silence, afin de percevoir, au cœur du silence, la voix du Bien-Aimé »).




Non, je vous accorde bien volontiers votre crasse ignorance, tout comme la mal-être qui est le votre dans votre for intérieur, assurément bien loin de l’odeur de sainteté, pour ne citer que l’autre extrémité.





Et pour parler d’une manière qui vous sera peut-être quelque peu plus intelligible, en vous supputant gracieusement de ne pas être foncièrement analphabète : je vous emmerde, public de Paris.




J’emmerde votre pitoyable sens de l’humour qui n’en est assurément pas un, j’emmerde vos interventions pathétiques (« À poil ! », « Amenra, c'est tout mignon ! » et autres fulgurances de votre misérable esprit racorni par l’étroitesse de votre conscience) gueulées entre deux morceaux où toute la poésie de notre époque y est résumée. J’emmerde votre manque chronique de vous faire remarquer, coûte que coûte, afin de pallier à un déficit d’attention et de sentiments ; j’emmerde votre présence dans cette salle ce soir-là, nos goûts musicaux en commun (et ceux-ci ne devraient pas même avoir l’excuse de l’ignorance, ou plutôt c’est leur ignorance même qui est inexcusable) ; j’emmerde votre considération lato sensu de la musique, banale consommation culturelle afin de vous activer dans l’homogénéisation tentaculaire, dépourvu de toute profondeur émotionnelle, de vous agiter dans ce détail subalterne qu’est le social. J’emmerde tout autant votre manque de respect pour le reste de l’assistance, des musiciens, et des organisateurs ; j’emmerde votre inaptitude à fermer vos gueules pendant ne serait-ce qu’une heure de temps où vous vous sentez comme contraint d’intervenir, à la manière d’un trouble obsessionnel compulsif, de recracher toute la merde enfouie intentionnellement dans vos boites crâniennes ; j’emmerde votre utilisation pathologique de vos smartphones où vous les tripotez compulsivement pendant de longues minutes « à chercher une idée de s’en servir ». J’emmerde votre m’en foutisme généralisée, votre lassitude exacerbée de citadin et votre aspect blasé de postmoderniste aux sens atrophiés. J’emmerde vos pogos sur cette musique, vos slams où vous n’avez même pas la bonne idée de vous rompre quelques cervicales via une chute, et toute autre volonté de se manifester aussi bestialement.


Je vous emmerde à un point où je ne me satisferai pas à notre prochaine rencontre de juste vous arracher une poignée de cheveux. La prochaine fois, je vous plante.








Je quitte la capitale à plusieurs millions d’individus, le lendemain matin.




« Pour ceux qui ne franchissent jamais les limites de la cité, les lumières de la ville sont les seuls astres qui brillent au firmament. L’éclairage municipal éclipse les étoiles et, sous l’éclat des publicités lumineuses, le clair de lune lui-même en est réduit à n’être plus qu’une incongruité à peine discernable. Ce phénomène est un symbole, une parabole en action. Mentalement et physiquement, l’homme passe la majeure partie de sa vie, dans un univers purement humain et, pour tout dire, façonné de main d’homme, isolé lui-même de l’immense cosmos non humain qui l’entoure et sans lequel il ne pourrait exister d’une manière ou d’une autre. Au cœur de cette catacombe privée, nous nous sommes construit un petit monde à nous, fait d’un étrange assortiment d’intérêts matériels et d’idéaux, de mots et de technologies, de désirs ardents et de rêves éveillés, de produits industriels et d’institutions, de dieux et de démons imaginaires. […] Pourtant, en dépit des bruits de radio et des tubes au néon, la nuit et les étoiles sont toujours là au dessus du premier arrêt d’autobus venu, juste de l’autre côté de la calotte de fumée luminescente. ».



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CHURCH OF RA


AMENRA, TREHA SEKTORI, OATHBREAKER & HESSIAN


Poitiers, Le Confort Moderne, le 14 Avril 2014.






« C'est parce qu'ils se méfient de l'imbécile qui, dans le corps de tout être humain, cohabite avec le dément criminel, l'animal bon vivant, le bon citoyen, et le saint en puissance, non réveillé, profondément latent, – c'est parce qu'ils reconnaissent son pouvoir véritablement diabolique, que les contemplatifs ont toujours imposé à eux-mêmes et à leur disciples une telle abnégation en ce qui concerne toutes les excitations distrayantes et incohérentes. La curiosité agitée du Vieil Adam doit être tenue en échec, et il faut que la dissipation de son esprit soit changée en sagesse et en unicité du but. C'est pourquoi il est toujours prescrit au mystique en herbe de s'abstenir de s'occuper de choses qui sont sans rapport avec son but ultime, ou au sujet desquelles il ne peut pas accomplir efficacement un bien immédiat et concret. Ce commandement d'abnégation s'applique à la plupart des choses dont, en dehors des heures de travail, la personne ordinaire se préoccupe principalement – aux nouvelles, à la dose quotidienne des diverses épopées servies par la radio, aux voitures et aux accessoires de l'année, aux dernières modes. Mais c'est sur les modes, les voitures et les accessoires, sur les nouvelles et la publicité par laquelle existent les nouvelles, que compte, pour fonctionner convenablement, notre système industriel et économique. Car, comme l'a signalé naguère l'ex-président Hoover, ce système ne peut fonctionner, à moins que la demande des choses non nécessaires soit non seulement maintenue, mais continuellement accrue ; et, bien entendu, elle ne peut être maintenue et accrue, que par des appels incessants à la cupidité, à l'esprit de concurrence, à l'amour de la stimulation sans but. Les hommes ont toujours été la proie des distractions, qui sont le péché originel de l'esprit ; mais jamais, jusqu'à notre époque, on n'a tenté d'organiser et d'exploiter les distractions, d'en faire, à cause de leur importance économique, le noyau et le centre vital de la vie humaine, de les idéaliser comme étant les manifestations les plus hautes de l'activité mentale. Notre époque est celles des incohérences systématisées, et l'imbécile que nous avons en nous est devenu l'un des Titans, sur les épaules de qui repose le poids su système social et économique. Le recueillement, ou domination des distractions, n'a jamais été plus nécessaire qu'à présent, jamais, non plus, on peut s'en douter, il n'a été aussi difficile. »




Cette opportunité de suivre Amenra sur plusieurs dates coïncide avec celle de revoir, ou parfois juste de voir, comme il en était le cas à Poitiers, des personnes qui me sont chères, de différentes manières, pour différentes raisons.




Je suis accueilli à Poitiers d’une très belle manière, et remercient ceux qui me lisent présentement pour cet accueil.


Truly appreciated, comme diraient les anglophones chevronnés.




Pour cette fois-ci, c’est une magnifique Dots and Spots Blue, toujours de chez Chenaski (que j’ai pris néanmoins le soin de quitter en fin de soirée lorsque Stefaan Temmerman, dont j’apprécie beaucoup les photographies, m’a fait le plaisir de photographier mon tripod : mon humour a ses limites que la raison connaît).




Résonnant sans doute un peu trop longuement dans les rues de la ville, je loupe une fois de plus Hessian.


Dommage.


Perdu pour perdu, autant pousser la réflexion un peu plus loin : comment peut-on arriver à nommer une aussi belle salle de concert « Le Confort Moderne » ? Une volonté de mettre en exergue une sorte d’euphémisme poussé à son extrême ? Ou alors quoi donc ? Confort & Moderne.








Oathbreaker. Lecteurs, aussi surprenant que cela puisse paraître, je réitère et signe : le Confort Moderne est bien loin d’être rempli (un peu moins de 150 personnes pour cette date-ci, si je ne m’abuse pas), je suis décidément toujours allergique à la moindre réminiscence punk, et je n’ai toujours pas écouté leur dernier album Eros|Anteros et ne l’écouterait sans doute pas, et a fortiori après cette date qui m’est apparut en deçà de la précédente : peu d’énergie & peu de volume.










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« Le langage est un moyen d'ôter son mystère à la réalité. »








Treha Sektori. Deuxième prestation à laquelle j’assiste, et la vidéo projetée en arrière-plan (notons, au passage, le nom de William Lacalmontie) commence à dévoiler des secrets de compréhension, & de sens.


L’image y est magnifique, l’atmosphère aussi intrigante que prenante, et la symbolique, parfois mystérieuse, parfois évidente (le bourgeon), dès plus intéressante. Nécessaire, en tant qu’accompagnement à la musique, je le crois à la vue des réactions du soir précédent, et de ce soir-là : la difficulté, pour le public, à canaliser son attention, à ne pas la laisser s’échapper dans les méandres d’un esprit agité, est particulièrement manifeste, même si les Poitevins semblent plus respectueux. Dans ce registre, chaque note est choisie, et ce choix est d’autant plus crucial que leur quantité est finalement limitée.




De plus, mais comme en ont également pâti Oathbreaker, le volume de ce soir-là est insuffisant, alors que le lendemain, j’aurai à faire à une véritable secousse. Je ne crois pas me tromper en affirmant que cette musique se doit d’être ressentie physiquement.












La question de savoir ce qui est effectivement joué en live commence désormais à se poser dans ce qui me reste d'esprit. 





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« Give us. A lamp before our feet. A light before our eyes.


Give us courage. To Live. A life dead inside.


There is no end. That we will not reach. »


Amenra




« Voici qu'approche à présent la claire lumière blanche du vide. N'aie pas peur. N'aie pas peur. Elle est ton amie. Pénètre sans peur cette lumière du vide. »




J'apprendrai un peu plus tard dans la soirée que l'ingé son d'Amenra s'est enculé la main en déchargeant du matériel du van, et que l'hôpital s'est immiscé dans la suite du récit.


La conséquence de cet accident aura été un concert plus court pour ce soir-là, avec une set-list amputée d'une chanson (« A mon âme », si je ne m'abuse).


Mais qu'importe la durée face à l'intensité.




Les premières notes de « The Pain. It Is Shapeless. » résonne, et là, en un instant, en un courant électrique parcourant tout le système nerveux, tout s'explique comme physiquement. (Et à ajouter « dans tout cela réside une signification profonde. Sur le point de l'exprimer déjà, j'ai oublié les mots. »)




Le « germe mystique », nom que William James donnait à sa propre voix intérieure, est resté longtemps en sommeil en ce qui me concerne : mais, indéniablement, cette musique a su m'aider à l'entrevoir. Il n'est plus question de paraître qui que ce soit, il est question de ressentir ces notes, ces vibrations, et de lâcher totalement prise. Le corps s'anime comme un pantin désarticulé, le rythme devient la référence unique, et il y a ce lâcher prise qui conduit à ce « silence intérieur ». Il n'est plus question d'accordage, de numéro de piste, de nom d'album, etc. ; il est question d'expier cette noirceur pendant ces quelques minutes, de se vider littéralement de ce poison (et si l'on est d'accord avec la description que Plotin donne à l'extase spirituelle, savoir « le vol de l'unique vers l'Unique », alors peut-être y en est-il également question).




Les dernières notes de « Silver Needle Golden Nail » résonne un peu plus lointainement à présent, la nuque rencontre des difficultés à soutenir le crane, qui semble vouloir tomber inexorablement : le public applaudit, et demande un rappel. Comme la veille, et comme le lendemain.
 
Mais ça n'aurait pas de sens. 










Voilà donc un quotidien qui me plaît.




S'en suivra quelques frasques, fredaines et autres incartades, sur lesquelles il se serait pas bon, professionnellement parlant, de s'étendre.




Je salue le mec au tee-shirt Diapsiquir, dont le prénom m'échappe momentanément, et le remercie pour sa contribution à faire en sorte que je passe une excellente soirée.





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.dehn sora .treha sektori


.interview


.mai deux mille quatorze




1. Cette tournée vient à peine de se terminer, il y a de cela quelques jours, et je peux imaginer qu’il y aura te concernant à présent un avant et un après cette tournée. Quel regard portes-tu sur cette expérience?




Dehn Sora : Quelque chose de fort à tout les niveaux. Tu peux passer de la tristesse à l’euphorie en une seconde. D’être là, de partager le quotidien avec toutes ces personnalités, tu as la sensation d’être dans quelque chose de fort quand tu passes par tous ces états. On a vécu des situations difficiles, la route, la fatigue, le physique qui en prend un coup... Mais chaque soir c’était le même rituel. J’entendais les notes d’Oathbreaker commencer, et mon esprit se mettait tout de suite dans une situation de survie. J’avais une heure pour mourir. 25 minutes pour le refuser, et des heures de sensation de renaissance, de joie, de sourires bêtes. Le temps devient quelque chose d’abstrait, mais ton corps se mets dans certains états quand il sait que tu vas affronter des regards, te rappelant où tu es, ce qui va arriver.


J’en ressort avec du manque, les gens, le rythme. J’ai la sensation que ce n’était pas une tournée ordinaire, sans prétention, je pense que l’on était pas juste la tournée d’un headliner avec les premières parties. On formait un tout je pense. L’intensité est ce dont je me souviendrais. J’ai arrêté de prendre des notes pour un éventuel journal quand j’ai compris que ce ne sera pas un souvenir effaçable.




2. Tu n’avais pas forcément une place des plus confortable sur cette affiche, si l’on considère l’écart qu’il existe entre ta musique et celle du reste de ce plateau. Comment as-tu géré le fait d’être seul sur scène, confronté à un public qui ne connaissait pas forcément ton univers et qui requiert de l’attention?




Première date, on m’annonce que je serais juste avant Amenra pour toute la tournée.


J’ai vu cela comme un cadeau, mais surtout comme une peur totale à affronter en plus. J’avais peur de ne pas être à ma place à ce stade de la soirée non plus, je me sens petit. Le fait d’être seul, je le suis toujours sur scène, c’est quelque chose de difficile, je me sens littéralement à nu. Passer après une tempête de deux groupes rajoute une difficulté. Être le soutien direct d’Amenra en était une en plus. J’ai essayé de faire en sorte que les oreilles se posent avant le grand final, qu’ils soient prêts. C’était aller à la guerre, ça rajoutait une boule de plus dans le ventre qui donnait l’envie de se surpasser encore plus. J’ai conscience que ce que je propose s’éloigne dans la forme de mes amis, mais je pense sans prétention, que l’on formait quelque chose de cohérent ensemble. Du coup, je n’ai pas évité les classiques « elle est longue l’intro», et autres réflexions mais je l’accepte sans problème. J’ai adoré voir certains regards totalement surpris, ne comprenant pas ce qu’il se passait. Je l’ai pris comme un cadeau. Cette tournée l’était de toutes façons.




3. S’il te fallait partager qu’un seul souvenir de ces seize dates, ce serait lequel?





Le marquage C.O.R par certains d’entre nous à Berlin.




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CHURCH OF RA


AMENRA, TREHA SEKTORI, OATHBREAKER & HESSIAN


Toulouse, La Dynamo, le 15 Avril 2014.





« Pour ceux d’entre nous qui ne font pas partie d’une Église instituée, pour ceux qui trouvent que l’humanisme et l’adoration de la nature sont un peu courts, pour ceux qui ne se satisfont pas de rester dans les ténèbres de l’ignorance, dans la souillure du vice ou dans cette autre souillure qu’est la respectabilité, l’hypothèse de travail minimale peut s’énoncer ainsi :


Il existe une divinité, un fondement, un Brahman, une claire lumière du vide qui est le principe non manifesté de toute manifestation.


Ce fondement est à la fois immanent et transcendant.


Il est possible à l’être humain de l’aimer, de le connaître et, potentiellement, de s’identifier à lui.


Accomplir cet acte de connaissance unitive de la divinité est l’objet ultime de l’existence humaine.


L’homme doit respecter la loi, ou dharma, suivre le Tao ou Voie, s’il veut réaliser son objet ultime.


Plus il y a du moi, moins il y a de divinité ; le Tao est par conséquent une voie d’amour et d’humilité, le dharma une loi vivante de mortification et de conscience de sa propre transcendance. Bien sûr, on ne peut pas négliger les faits historiques : les gens aiment leur ego et ne souhaitent pas se mortifier ; ils prennent plus de plaisir à être brutaux et à s’aduler eux-mêmes qu’à se montrer humbles et à faire preuve de compassion ; ils sont bien décidés à ne pas voir pourquoi ils ne devraient pas « faire ce qui leur plaît » et pourquoi ils ne devraient pas « prendre du bon temps ». Du bon temps, ils en prennent ; et avec lui, inévitablement, les guerres et la syphilis, la tyrannie et l’alcoolisme, la révolution et, faute d’une hypothèse religieuse adéquate, le choix entre une idolâtrie délirante, comme le nationalisme, et un sentiment de désespoir et d’absolue futilité. Indicibles souffrances ! Tout au long de l’histoire, hommes et femmes ont préféré courir à coup sûr au désastre plutôt que de partir à la recherche prenante et épuisante du royaume de Dieu.




A la longue, on finit par obtenir exactement ce qu’on veut. »






Et déjà, il s'agit de ma dernière date sur cette tournée.


Deux heures à peine avant le début des concerts, et je ne sais toujours pas où je dormirai ce soir : voilà donc enfin que ça se pimente un peu.




Je découvre pour cette fois-ci, la première, cette salle toulousaine de La Dynamo, qui semble d'ailleurs subir quelques pressions quant à sa longévité à venir (ou « avenir » ?...), et force m'est de reconnaître qu'elle est superbe. De sa sonorisation à son architecture (et notamment cet étage), voilà un chouette lieu pour le public toulousain. Qui d'ailleurs aura répondu présent ce soir-là à l'invitation de l'association Noiser : tout est réuni pour clore cette trilogie de la plus intense des manières.









Hessian monte sur scène.





J'assiste à quelques morceaux, les découvre, et ne les comprends pas tout à fait. Pour la dixième fois en trois jours, je regrette que ce plateau Church of Ra n'est pas eu des allures de Syndrome/Kingdom/Treha Sektori/Amenra.


Ainsi soit-il.





Hessian descend de scène.








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Oathbreaker délivrera ce soir-là, sans que je puisse du tout m'y attendre, a fortiori après mon ressenti des deux derniers concerts, un concert dans lequel je suis, pour ainsi dire, rentré. Est-ce à dire que les musiciens étaient ce soir-là plus expressif ? Ou peut-être que je commence un peu plus à comprendre leur musique, pour ce dernier soir ? Peut-être.




Peut-être également que j'écouterai finalement ce Eros|Anteros.




La qualité du son a également joué dans la balance : fort et équilibré, le concert se terminera sur un puissant "Glimpse Of The Unseen", qui se trouve être mon morceau préféré de Mælstrøm.





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Peut-être la meilleure représentation de Treha Sektori ce soir-là. Le son a eu une part de responsabilité importante : massif et fort, sa musique m'a juste pénétré durant de longues minutes, accaparant toute mon attention. Je fixe les projections, et commence à abandonner la compréhension pour la perception : il ne s'agit plus de formuler, analyser & comprendre les idées/concepts véhiculé(e)s à travers ces/ses images ; il s'agit bien plus de percevoir, sans le voile du concept, sans celui du langage, pour ce que c'est effectivement.




A posteriori, lorsque je réécoute à présent des morceaux tels que « Solvah Seperah Teh 1 » ou encore « Alterah Ethi Endessiah » (avec cette sublime ligne éthérée de guitare), les images se projettent sur une vieille pellicule non HD, dans mon esprit, à mon insu.




Je me demande, également, à présent, quelle forme et expression va prendre son évolution au fil des prochaines années : je n'ai aucun doute sur la nécessité qu'est la sienne de continuer à composer son univers.





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« THERE IS NO FAITH WITHOUT BLOOD »


Amenra






Amenra. J'ai crié ce soir-là (je m'en battais un peu les couilles, personne ne va me reconnaître dans le public). Cette dernière odeur d'encens avant que ce dernier concert ne commence : et c'est reparti, pour une dernière fois.




Et pour cet der, tous les morceaux de la set-list seront à nouveau joués : The Pain It Is Shapeless, Razoreater, Â Mon Âme, Boden, Terziele, Nowena 9|10, Am Kreuz & Silver Needle Golden Nail. Il est intéressant de noter leur choix de piocher, de manière quasiment égale, dans chacun de leur enregistrement, & également la longueur de cette set-list : le groupe m'avait, jusqu'à présent, habitué à des concerts plus court que ceux de cette tournée (et il ne me semble pas que c'était déjà le cas en novembre dernier lorsqu'ils ont joué avec Cult of Luna à Amsterdam).




Autre considération qui, à mes yeux, n'est pas dénué d'intérêt : au sujet de cette présence si singulière, si authentique & si prenante, du chanteur Colin, il m'a été plaisant de constater au fils des soirées qu'il n'y avait pas de chorégraphie. À savoir qu'il n'y a pas un moment, sur un morceau en particulier, où il décide de faire face au public, ou que sais-je. Le cas inverse aurait signifié beaucoup, à mes yeux. 




 





C'est complètement vidé que je terminerai ce concert, et cette série : vidé de toute cette noirceur accumulée au fil des mois (bien malgré moi), vidé et purgé. Comme ainsi dire. Et à nouveau, ce « sentiment indicible de gratitude pour le privilège d'être né dans cet univers » qui refait à nouveau surface : à cette heure bien précise où tout le monde se complaît dans la plainte, le dégoût, le mépris, l'acrasie, il n'a jamais été aussi nécessaire de s'en sortir. En cela, je ne considère pas la musique d'Amenra comme une musique sombre ou négative, mais bien tout l'inverse.




Merci sincèrement pour ces trois jours qui, à l'image de ce tripod, resteront gravés à vie.


Merci à Kongfuzi qui a eu l'amabilité de m'accréditer sur toutes les dates. 













.caedes



CHRONIQUES:
INTERVIEWS:

LIVE REPORT: 
AMENRA/OVERMARS - LYON (2008) 








Veuillez accepter mes excuses pour la qualité dégueulasse des photographies, mais Blogger ne me laisse pas de choix pour ce qui est de leur compression.
Et également parce que je suis un piètre photographe. 



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