1.
En toute simplicité, vous vous rendez à Austin, au Texas, aux
États-Unis d'Amérique pour enregistrer votre premier album. Dans
une ferme avec l'odeur de l'huile de vidange d'un tracteur dont le
fermier pense que Kofi Annan peut se boire ? Non, chez le
producteur Erik Wofford au Cacophony Recorder. En toute simplicité,
disais-je. Comment vous êtes vous retrouvés dans cette expérience ?
Pourquoi ce choix de producteur, et pas un autre ? Le travail
effectué sur les enregistrements des Black Angels ?
Oui,
effectivement, nous nous sommes rendus dans le studio de Erik Wofford
à cause de ses productions très pointues au niveau sonore qu’il a
su rendre sur différents albums. Le son et l'énergie dégagées des
deux premiers albums des Black Angels nous ont fortement
impressionnés et c'est avec cette influence commune au groupe que
l'on a décidé de contacter ce producteur, le boss de Cacophony
Recorders, tout simplement par email, en lui envoyant une maquette.
Apparemment il a kiffé le truc et nous a proposé deux semaines
d’enregistrement dans son studio à Austin. C'est là qu'on a
décidé de saisir cette opportunité magnifique et de partir.
2.
Quels souvenirs gardez-vous de ce trip ? Des anecdotes peut-être
à partager ?
C'était
une expérience hors du commun, Austin étant une ville incroyable
qui vibre au son d’une population motivée et dynamique. Les bikers
côtoient les cowboys, qui saluent les rockeurs, ces derniers
arborant naturellement des looks et des styles qui marginaliseraient
n’importe quelle autre personne ; pourtant c’est normal. Et
on s’est senti à l’aise dès le premier jour. De plus le mythe
de cette scène comme étant la Mecque du rock psychédélique n’en
est pas un. Les bars et clubs en tout genre font passer les groupes
les un après les autres, jour après jour, et la qualité musicale
des lives nous a scotché. Questions anecdotes, tout d'abord notre
concert à Austin, au Cheer up Charlie’s qui nous a programmé
spontanément après avoir rencontré la responsable du lieu accoudée
au bar. Ce concert qui n'a failli jamais avoir lieu, car après avoir
appelé quinze fois la centrale de taxi, qui ne nous a jamais envoyé
qui que ce soit, on s'est fait amené par un gangsta chicano
complètement défoncé qui a finalement accepté de nous déposer
pour 20 dollars. Le concert s'est hyper bien passé et on a aussi eu
de très bons retours. Et c'est peu dire, durant les semaines qui ont
suivi, on a bu à l’œil pratiquement dans tous les bars d'Austin.
Ajoutez à ça des rencontres extraordinaires, des concerts sans
limitations de décibel, une descente de rivière en bouée dans la
nature Texane, et le face à face avec Lemmy au Rainbow bar de Los
Angeles ; sublime expérience cosmique !
3.
Vous aviez une idée bien précise de ce que vous vouliez, ou vous
avez laissé une place dans le processus d'enregistrement (et de
composition?) à Erik ? Des questions tels que le tout numérique
ou l'analogique, le mastering, l'ordre des pistes, etc. ont été
sujet à débat entre vous ?
D’abord,
en ce qui concerne l'enregistrement, nous avons laissé carte blanche
à Erik. Il est resté assez discret et nous a laissé progresser
dans l’enregistrement sans jamais nous mettre aucune pression.
Cependant, et quand il le fallait, il a su nous suggérer quelques
arrangements avisés là où nous bloquions sur certains passages. Il
a été à la fois d’une sérénité et d’une aide précieuse et
a su produire ce son que nous recherchions. D’ailleurs dans ce
domaine nous lui avons fait entièrement confiance et il a pu mettre
à profit le matériel authentique et analogique de son studio. Nous
lui avions demandé un son de base rythmique lourd, rond, et profond,
que l’enregistrement de la batterie et de la basse sur bande
analogique a parfaitement su rendre. Concernant l’ordre des pistes
nous lui avons demandé conseil mais il s’est avéré que notre
tracklist finale lui plaisait bien, donc nous sommes restés sur ce
premier feeling. Beaucoup de morceaux de « Haze » étaient
bien définis avant que l'on parte, et nous en avions en effet une
idée précise. Erik n'est donc que peu intervenu sur les structures
des morceaux. Pour le reste, que nous avons finalisé en studio, il
nous a bien conseillé et aidé de son oreille experte. Au final peu
de débat entre nous, beaucoup de choses apprises, et un résultat
qui a su nous surprendre !
4.
Ce premier album est long pour un premier format, passant aussi bien
à des pistes très groovy comme l'excellent et entêtant « Neptune »
à des passages plus contemplatifs tel que « Black Magic ».
Mais au-delà de ces différentes directions, l'influence (culte?)
des 70's peut difficilement être renié. Qu'est-ce qui vous attire
dans les musiques psychédéliques originelles ? Comment en
êtes-vous arrivés à écouter et jouer ce type de musique
embrumée ?
La
fuzz! Cet effet culte de la musique psychédélique est pour nous un
élément indispensable et stupéfiant, produisant une transformation
sonore sidérante, envoûtante à nos oreilles. Il y a aussi les
qualités intrinsèquement liées à ce mouvement musical, tel la
longueur des morceaux, les grooves et riffs entêtants, le travail
apporté au son, et le côté planant qui nous a beaucoup marqué et
redirigé. Au delà de cela il y a également un grand hommage à la
culture psychédélique des 70’s qui englobe simplement cette
musique qui nous parle.
5.
Il y a de nombreux clin d’œils aux produits enthéogènes au sein
de Black Willows... et, peut-être que cela surprendra les habitués,
mais c'est un peu le principal reproche que j'ai à vous adresser.
Non pas sur la thématique, que j'estime en soit au plus haut point,
mais bien plus sur les moyens et les références que je trouve
parfois un peu... « grossières », trop facilement
compréhensibles, trop récurrentes depuis des décennies. Vous voyez
ce que je veux dire ? Pourquoi ce choix ?
Ce
n'est pas vraiment un choix mais plutôt quelque chose qui est venu
naturellement. Cela a découlé de nos influences musicales citées à
la question précédente, et ces clin d’œils se sont glissés
spontanément aux travers de cet album, dans ses textes comme dans sa
chaire sonore. Rien n’a été forcé dans le but de surfer la crête
de la vague révélatrice de l’esprit ; les choses se sont
mises en place d’elles-mêmes, affichant peut être certaines
couleurs du passé oui, mais quel bonheur quand celles-ci
s’expriment.
6.
Vous avez déjà eu l'occasion de faire quelques chouettes dates,
notamment en compagnie de Mars Red Sky ou encore Aqua Nebula
Oscillator (ne jamais trop sucrer le café!). Je sais également que
vous aviez obtenu les droits d'un « film »
expérimentalo-psychédéliquo afin de le projeter lors de vos
concerts... Pourquoi ce choix des projections ? Quels souvenirs,
pour ceux qui en ont, gardez-vous du travail de Mad Alchemy lors du
concert de Radio Moscow ? Ce serait par exemple pour vous une
piste à creuser afin de développer l'aspect hypnotique de vos
concerts ?
Les
projections utilisées sont un support visuel de « liquid light
show », un classique des 60’s/70’s de shows psychédéliques.
Un mélange instable de formes et de couleurs qui se prête bien à
ce style de musique. Nous avons le sentiment que cet ensemble visuel
reflète bien notre ambiance sonore et vice versa, donc nous
l’utilisons pour agrémenter les lives et y donner une dimension de
plus. Tout comme Radio Moscow avec Mad Alchemy lors de la dernière
tournée européenne qui ont fait un show époustouflant, sauf que là
c’était avec un « liquid light show » authentique en
direct ; sublime ! (ndmoi: une interview de Radio
Moscow/Mad Alchemy est d'ailleurs disponible sur .fallingdown.zine)
Pour
le côté hypnotique oui, mais actuellement nous sommes entrain de
revoir complètement nos projections de live car nous ne les trouvons
plus assez originales et trop utilisées.
7.
Quelles sont, selon vous, les conditions parfaites réunies pour
écouter « Haze » ?
Tout
d’abord le volume ; fort !, sur un équipement de bonne
qualité pour profiter pleinement du travail de M. Wofford.
Deuxièmement, et considérant la durée de cet album, il est
important d’être au volant d’une puissante décapotable rouge
parcourant un désert rectiligne qui peut sembler infini. Ensuite et
après enclenchement de l’album, nous recommandons (selon un
conseil avisé de notre avocat) d’arracher les boutons de commande
du lecteur en question et de poursuivre le chemin, ceci sans se
soucier des tempêtes de sable ni des chauves souris. Finalement une
bonne bière fraîche dans la main ne dérangera en rien l’écoute
prolongée de « Haze ».
Un
grand merci à Yann (Falling Down Webzine) pour son soutien ainsi que
cette chouette interview !
The
Black Willows
http://www.theblackwillows.net/
.caedes

























