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BLACK WILLOWS

Interview (2013)

 




1. En toute simplicité, vous vous rendez à Austin, au Texas, aux États-Unis d'Amérique pour enregistrer votre premier album. Dans une ferme avec l'odeur de l'huile de vidange d'un tracteur dont le fermier pense que Kofi Annan peut se boire ? Non, chez le producteur Erik Wofford au Cacophony Recorder. En toute simplicité, disais-je. Comment vous êtes vous retrouvés dans cette expérience ? Pourquoi ce choix de producteur, et pas un autre ? Le travail effectué sur les enregistrements des Black Angels ?
Oui, effectivement, nous nous sommes rendus dans le studio de Erik Wofford à cause de ses productions très pointues au niveau sonore qu’il a su rendre sur différents albums. Le son et l'énergie dégagées des deux premiers albums des Black Angels nous ont fortement impressionnés et c'est avec cette influence commune au groupe que l'on a décidé de contacter ce producteur, le boss de Cacophony Recorders, tout simplement par email, en lui envoyant une maquette. Apparemment il a kiffé le truc et nous a proposé deux semaines d’enregistrement dans son studio à Austin. C'est là qu'on a décidé de saisir cette opportunité magnifique et de partir.


2. Quels souvenirs gardez-vous de ce trip ? Des anecdotes peut-être à partager ?


C'était une expérience hors du commun, Austin étant une ville incroyable qui vibre au son d’une population motivée et dynamique. Les bikers côtoient les cowboys, qui saluent les rockeurs, ces derniers arborant naturellement des looks et des styles qui marginaliseraient n’importe quelle autre personne ; pourtant c’est normal. Et on s’est senti à l’aise dès le premier jour. De plus le mythe de cette scène comme étant la Mecque du rock psychédélique n’en est pas un. Les bars et clubs en tout genre font passer les groupes les un après les autres, jour après jour, et la qualité musicale des lives nous a scotché. Questions anecdotes, tout d'abord notre concert à Austin, au Cheer up Charlie’s qui nous a programmé spontanément après avoir rencontré la responsable du lieu accoudée au bar. Ce concert qui n'a failli jamais avoir lieu, car après avoir appelé quinze fois la centrale de taxi, qui ne nous a jamais envoyé qui que ce soit, on s'est fait amené par un gangsta chicano complètement défoncé qui a finalement accepté de nous déposer pour 20 dollars. Le concert s'est hyper bien passé et on a aussi eu de très bons retours. Et c'est peu dire, durant les semaines qui ont suivi, on a bu à l’œil pratiquement dans tous les bars d'Austin. Ajoutez à ça des rencontres extraordinaires, des concerts sans limitations de décibel, une descente de rivière en bouée dans la nature Texane, et le face à face avec Lemmy au Rainbow bar de Los Angeles ; sublime expérience cosmique !


3. Vous aviez une idée bien précise de ce que vous vouliez, ou vous avez laissé une place dans le processus d'enregistrement (et de composition?) à Erik ? Des questions tels que le tout numérique ou l'analogique, le mastering, l'ordre des pistes, etc. ont été sujet à débat entre vous ?


D’abord, en ce qui concerne l'enregistrement, nous avons laissé carte blanche à Erik. Il est resté assez discret et nous a laissé progresser dans l’enregistrement sans jamais nous mettre aucune pression. Cependant, et quand il le fallait, il a su nous suggérer quelques arrangements avisés là où nous bloquions sur certains passages. Il a été à la fois d’une sérénité et d’une aide précieuse et a su produire ce son que nous recherchions. D’ailleurs dans ce domaine nous lui avons fait entièrement confiance et il a pu mettre à profit le matériel authentique et analogique de son studio. Nous lui avions demandé un son de base rythmique lourd, rond, et profond, que l’enregistrement de la batterie et de la basse sur bande analogique a parfaitement su rendre. Concernant l’ordre des pistes nous lui avons demandé conseil mais il s’est avéré que notre tracklist finale lui plaisait bien, donc nous sommes restés sur ce premier feeling. Beaucoup de morceaux de « Haze » étaient bien définis avant que l'on parte, et nous en avions en effet une idée précise. Erik n'est donc que peu intervenu sur les structures des morceaux. Pour le reste, que nous avons finalisé en studio, il nous a bien conseillé et aidé de son oreille experte. Au final peu de débat entre nous, beaucoup de choses apprises, et un résultat qui a su nous surprendre !


4. Ce premier album est long pour un premier format, passant aussi bien à des pistes très groovy comme l'excellent et entêtant « Neptune » à des passages plus contemplatifs tel que « Black Magic ». Mais au-delà de ces différentes directions, l'influence (culte?) des 70's peut difficilement être renié. Qu'est-ce qui vous attire dans les musiques psychédéliques originelles ? Comment en êtes-vous arrivés à écouter et jouer ce type de musique embrumée ? 


La fuzz! Cet effet culte de la musique psychédélique est pour nous un élément indispensable et stupéfiant, produisant une transformation sonore sidérante, envoûtante à nos oreilles. Il y a aussi les qualités intrinsèquement liées à ce mouvement musical, tel la longueur des morceaux, les grooves et riffs entêtants, le travail apporté au son, et le côté planant qui nous a beaucoup marqué et redirigé. Au delà de cela il y a également un grand hommage à la culture psychédélique des 70’s qui englobe simplement cette musique qui nous parle.


5. Il y a de nombreux clin d’œils aux produits enthéogènes au sein de Black Willows... et, peut-être que cela surprendra les habitués, mais c'est un peu le principal reproche que j'ai à vous adresser. Non pas sur la thématique, que j'estime en soit au plus haut point, mais bien plus sur les moyens et les références que je trouve parfois un peu... « grossières », trop facilement compréhensibles, trop récurrentes depuis des décennies. Vous voyez ce que je veux dire ? Pourquoi ce choix ?


Ce n'est pas vraiment un choix mais plutôt quelque chose qui est venu naturellement. Cela a découlé de nos influences musicales citées à la question précédente, et ces clin d’œils se sont glissés spontanément aux travers de cet album, dans ses textes comme dans sa chaire sonore. Rien n’a été forcé dans le but de surfer la crête de la vague révélatrice de l’esprit ; les choses se sont mises en place d’elles-mêmes, affichant peut être certaines couleurs du passé oui, mais quel bonheur quand celles-ci s’expriment.




6. Vous avez déjà eu l'occasion de faire quelques chouettes dates, notamment en compagnie de Mars Red Sky ou encore Aqua Nebula Oscillator (ne jamais trop sucrer le café!). Je sais également que vous aviez obtenu les droits d'un « film » expérimentalo-psychédéliquo afin de le projeter lors de vos concerts... Pourquoi ce choix des projections ? Quels souvenirs, pour ceux qui en ont, gardez-vous du travail de Mad Alchemy lors du concert de Radio Moscow ? Ce serait par exemple pour vous une piste à creuser afin de développer l'aspect hypnotique de vos concerts ?


Les projections utilisées sont un support visuel de « liquid light show », un classique des 60’s/70’s de shows psychédéliques. Un mélange instable de formes et de couleurs qui se prête bien à ce style de musique. Nous avons le sentiment que cet ensemble visuel reflète bien notre ambiance sonore et vice versa, donc nous l’utilisons pour agrémenter les lives et y donner une dimension de plus. Tout comme Radio Moscow avec Mad Alchemy lors de la dernière tournée européenne qui ont fait un show époustouflant, sauf que là c’était avec un « liquid light show » authentique en direct ; sublime ! (ndmoi: une interview de Radio Moscow/Mad Alchemy est d'ailleurs disponible sur .fallingdown.zine)
Pour le côté hypnotique oui, mais actuellement nous sommes entrain de revoir complètement nos projections de live car nous ne les trouvons plus assez originales et trop utilisées.




7. Quelles sont, selon vous, les conditions parfaites réunies pour écouter « Haze » ?


Tout d’abord le volume ; fort !, sur un équipement de bonne qualité pour profiter pleinement du travail de M. Wofford. Deuxièmement, et considérant la durée de cet album, il est important d’être au volant d’une puissante décapotable rouge parcourant un désert rectiligne qui peut sembler infini. Ensuite et après enclenchement de l’album, nous recommandons (selon un conseil avisé de notre avocat) d’arracher les boutons de commande du lecteur en question et de poursuivre le chemin, ceci sans se soucier des tempêtes de sable ni des chauves souris. Finalement une bonne bière fraîche dans la main ne dérangera en rien l’écoute prolongée de « Haze ».


Un grand merci à Yann (Falling Down Webzine) pour son soutien ainsi que cette chouette interview !

The Black Willows



http://www.theblackwillows.net/

.caedes

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DEAFHEAVEN

Sunbather (2013)



.deafheaven .sunbather


"Et Butler n'a pas été le seul sceptique du XIXème siècle à l'égard du Progrès inévitable. Une génération ou davantage avant lui, Alfred de Vigny écrivait au sujet de la nouvelle merveille technologique de son époque, la locomotive à vapeur – et écrivait sur un ton bien différent des rugissements et des sonneries de trompettes enthousiastes de son grand contemporain Victor Hugo.



Sur le taureau de fer, qui fume, souffle et beugle,

L'homme est monté trop tôt. Nul ne connaît encor

Quels orages en lui porte ce rude aveugle,

Et le gai voyageur lui livre son trésor.



Et un peu plus loin, dans le même poème, il ajoute :



Tous se sont dit : « Allons, » mais aucun n'est le maître

D'un dragon mugissant, qu'un savant a fait naître.

Nous nous sommes joués à plus fort que nous tous.



Contemplant rétrospectivement le carnage et la dévastation, nous voyons que Vigny avait parfaitement raison. Aucun de ces « gais voyageurs », dont Victor Hugo fut le plus bruyamment éloquent, n'avait la moindre idée du lieu où les emportait cette première, et drôle de petite « loco pouf-pouf ». Ou plutôt, ils en avaient une idée très nette, mais elle se trouvait être complètement fausse. Car ils étaient convaincus que la « loco pouf-pouf » les remorquait à toute vitesse vers la paix universelle et la fraternité humaine ; cependant que les journaux qu'ils étaient si fiers de savoir lire, tandis que le train grondait en roulant vers sa destination utopique, qui n'était guère éloignée de plus d'une cinquantaine de là, étaient la garantie que la liberté et la raison seraient bientôt partout triomphantes. La « loco pouf-pouf » s'est maintenant transformée en un bombardier quadrimoteur, chargé de phosphore blanc et d'explosifs brisants, et la presse libre est partout la servante de ses annonciers, d'un groupe faisant pression, ou de gouvernement. Et pourtant, pour quelque raison inexplicable, les voyageurs (loin d'être gais, à présent) se raccrochent encore à la religion du Progrès inévitable, - qui est, en dernière analyse, l'espoir et la foi (en dépit de toute l'expérience humaine) qu'on peut obtenir quelque chose pour rien. Combien plus saine et réaliste est l'opinion des Grecs, suivant laquelle toute victoire doit être payée, et pour certaines victoires, le prix exigé est tellement élevé qu'il contrebalance tout avantage qui peut être obtenu !

L'homme moderne ne considère plus la Nature comme ayant quoi que ce soit de divin, et se sent parfaitement libre de se conduire avec elle comme un vainqueur et un tyran outrecuidant. Le butin de l'impérialisme technologique récent a été énorme ; mais, entre-temps, la némésis a fait ce qu'il fallait pour que nous recevions nos coups de pied en même temps que nos sous. Par exemple, la possibilité d'effectuer en douze heures le trajet New-York à Los Angeles a-t-il donné plus de plaisir à la race humaine que ne lui ont donné de douleur les jets de bombes et de feu ? Il n'y a point de méthode connue pour évaluer la quantité de félicité ou de bonté contenue dans le monde, d'une façon générale. Mais il est bien évident que les avantages résultant des récents progrès technologiques – ou, dans la phraséologie grecque des actes de hubris dirigés contre la nature – sont généralement accompagnés de désavantages correspondants, que des profits dans une direction entraînent des pertes dans d'autres, et que nous n'obtenons jamais rien, si ce n'est moyennant quelque chose. Le résultat net de ces opérations compliquées de crédit et de débit est-il un Progrès authentique en vertu, en bonheur, en charité et en intelligence – c'est là une chose que nous ne pourrons jamais déterminer nettement. C'est parce que la réalité du Progrès ne peut jamais être déterminée, que le XIXème et le XXème siècle ont été obligés de le traiter comme un article de foi religieuse. 

Pour les interprètes de la Philosophia Perennis, la question de savoir si le progrès est inévitable, ou même réel, n'est pas d'importance primordiale. Pour eux, l'important, c'est que les hommes et les femmes individuels parviennent à la connaissance unitive du Fondement divin, et ce qui les intéresse dans le milieu social, ce n'est pas sa progressivité ou sa non-progressivité (quoi que puissent signifier ces mots), mais la mesure dans laquelle il aide ou gêne les individus dans leur avance vers la fin dernière de l'homme." 


L'espace règne.



"Inwrought at times, dependent in time.
Intimately blended and delicately torn.
Land and culture deconstructed and soon after reborn.
The inventions are present but the purpose is gone.
Tourism;
Terrorism, is there always a difference?
A getaway from the everyday, a colonial effort in reciprocity.
The tourist consumes difference collecting images rather than experience.
While the authentic recedes behind a developing industry;
Economic growth at some cost.
Redesigning, redefining, reiterating the same paradise lost.
Fifteen thousand rooms in one peninsula.
Gift-shop till you drop, curing pop culture shock.
Don't forget to send a fucking postcard."




"Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent la raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche." 

เดินทางโดยสวัสดิภาพ


.caedes
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AMBERHAZE

Raleigh (2011)




Un brin d'outre-passement de la demi-heure, et Amberhaze pense, dans l'évidence, aussi facilement que cela, nous apaiser, refléter en nous la douceur mélancolique qui règne dans des sonorités calmes et gracieuses. Le vaste tiroir des plus ou moins bons mais point forcément renversants ou originaux ou que sais-je groupes ''Post-Rock'' s'ouvre en intégralité devant mes yeux, je le regarde dans la plus grande lucidité, pose délicatement cette musique dans le vide, à demi-mots, à demi-sort ; l'intrigue semble totale, puis s'élançant comme une âme en peine entre les rails et les roues ferroviaires, cette dernière tombe en équilibre, sur le rebord et dès lors elle sort comme l'or d'une roche, brille par scintillements et entraîne dans les lointains rêves de plénitude chérie.

Je pense dans le vide, et rien n'y fait, cela se transforme et s'agite comme les vagues d'un océan accélérées plus ou moins précipitamment, au rythme de douces mélodies aussi flou(es) que les contours d'une galaxie. Les envolées retombent, les paupières en tombent, le sombre se mêle à une luminosité pourtant sans failles, c'est l'éclaircie, nostalgique comme la fin du jour qui offre ses vagues à l'âme au ciel et nous embrase les yeux, et nous délice l'infini.

C'est cela, nous sommes bercés et jamais nous ne trouverons la force de quitter ce paradis ascensionnel où les chutes libres sont à la pelle. La douceur qui se dégage des flots sonores est extrême ; tu n'as envie d'être, simplement de naviguer dans les cavités des pensées, déchirer l'impensable couche de poussières, film de protection, comme si l'obstacle se présentait trop intense, entre l’atmosphère, la terre, et son agitation déplacée. L'ambiance fait office de clap de fin, d'éternel manqué, mais d'apaisement certain, tellement la beauté y figure comme l'eau englobe pour l'instant le monde.

/t.
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LAVA CHURCH RECORDS

Interview (2013)




Il n'y a pas de concession ici. Il n'y a pas de raisonnement autre que celui de l'envie plongée dans les profondeurs de l'esprit, là où se descellent les émotions, loin de toutes les influences manipulatrices du monde connu et même plus abstrait, de l'horreur qui transforme, éloigne le fond de pensées, ruine les connections nerveuses des semblables qui finissent droit dans l'inconséquence des réflexions, l'abjection de l'acte.
Lava Church est une entité unique, le pouvoir de création est conservé, et amène l'élan vers des contrées oubliées et inconnues d'un univers stéréotypé. Il n'y a rien de plus, et la passion de pénétrer dans les antres de l'âme transposée en vagues sonores.
Sans détour et sans artifice, nous nous trouvons ici dans une vérité, dans le cosmos d'un gars qui livre son sang dans un verre paré d'une ombrelle, expose les tourbillons intérieures d'une manière passionnée, détachée dans la forme et démentiellement fou dans l'apparence ; rien à foutre, de rien. Il n'y a pas de concession ici.



"Lava Church is a DIY cassette/CDr label based out of Sarasota, Florida.  The goal of Lava Church is to be a vessel for the craft of true artists who have been shunned by the unappreciative world of popular art and music.  While Lava Church is a one man operation, the network of weirdo artists it has created continues to grow as time goes on.  In the short period since this experiment in magnetic tape madness began, the connections created and influences of the music flowing from these hallowed e-halls has reached hundreds of individuals around the world.  Lava Church is a living representation of the connections I have made with artists who have touched me in someway, as I only release music made by those I have a personal connection with."


1) Isn't it hopeless to see that all people hasn't artistical concept and delves into the false, to like incredible horrors completely empties ? Do you think this is an obvious lack of depth and a pathetic compliance to that society offer ?

There is definitely a lack of depth in popular art and music, and that’s what most people enjoy. I think people as a whole want to be entertained more than they want to think about the purpose behind art. But that has always been the case. I don’t think there was ever a time when people only enjoyed art and music that was artistically and emotionally sound or relevant. But I don’t worry too much about what other people like or support, I focus on what I do and love. If other people want to support it or not is up to them, I won’t hold it against them either way.







2) I feel that there is a good small scene in Florida of really underground, drone, lo-fi music, as in little other places in fact... I'd like to have your felt above ?

I think that is definitely the case in Florida, but there is definitely more than one scene. Florida is rather large, and I think a lot of people don’t really take that into consideration. You’ve got noise/experimental scenes in Miami, Ft Myers, St. Pete, Gainesville, Orlando, all over. A lot of times there will be cross-pollination of artists, but due to the large distances between us differing scenes and sounds are definitely created. I love Florida and the music/noise here. Florida is such a strange place, such a cultural crossroads for people of all walks of life, and because of that there are some seriously bizarre people here. And that’s why I love it. I think as a whole, we cover a wide range of sounds that could satisfy almost anyone’s musical or artistic cravings.


3) Are you torn between the desire to get and to release more artists that you like and your needs of limits due to time, money or other...? Further, I recently saw that you want exclusively to work with people that you relatively know, it really is something honourable and uncompromising. The reasons may be different, let me know your motivations about that ?

Yeah that’s the main struggle with having a small label. There’s so much music I hear that I love and would want to release, but I have to understand my personal constraints. I am one person doing this, there are no other workers or employees or whatever you want to call it, it’s just me. So the way I’ve started to deal with this is to only release music by people I have a personal connection with. Not necessarily just local people though, because I have friends all over the country and the world. It’s funny, when I started Lava Church, I hardly knew anyone locally, and so I released music by people who lived far away. But now that I’ve been doing it for a while, it’s helped me connect with people who are physically closer. Usually you’d think it would work the other way.







4) In what context do you think it's better to listen to music from Lava Church ? This may depend of course, as you cover styles very underground but ultimately very broad.

I don’t think a lot of the music on Lava Church is something you can just “listen” to. A lot of it has deeper meaning or is not exactly easy listening. That’s why I love cassettes, they force you to listen to an album the way it was intended to be heard. Maybe the quality suffers a little bit, but I think hearing an album in the order and way it was constructed by the artist is very important. With mp3s or whatever people tend to skip around and pick out single songs or pieces that they like. Obviously the listener has the right to enjoy music how they wish, but I’d prefer that the artist’s music be heard as intended. I like covering a wide range of sounds, because I think it expands the audience quite a bit. For example, if I only released harsh noise, then only harsh noise people who already like the stuff would get the tapes. But by covering a wider range of sounds, I get people who are into lofi synth stuff like Virgin Blood getting something they wouldn’t normally get, like Mold Omen or Vasectomy Party. Maybe they like it, maybe they don’t, but if I can help the artists I release reach a wider audience, and help the listener expand their palette, then I think I’ve done what I intended.


5) Where are the musical limits of Lava Church? There are so of Drone really extreme and other things, even staying in dirty, almost pop... (I really hate this term.) The important thing is also I suppose, in the spirit, the very skinning emotion of music that comes from the deepest feelings...
What moves you, musically ?
You wanna talk about a band/project of Lava Church which brand you particularly ?

When it comes to the sound of Lava Church, I think it is very fluid. As you pointed out, I don’t stick to one genre. I’ve released really intense harsh noise, Casio pop, bedroom music, minimal synth, drone, and more. I’m not as concerned about the actual sounds as I am about the feelings and thoughts behind the music. If I believe that the creator is genuine and honest, then I appreciate their efforts and will generally be more apt to release their music. I enjoy all the music I release on Lava Church, there is no doubt about that. I love all the artists I have released equally, but when it comes to what I listen to the most it would probably be Harmoos and Tile. But that can also probably be attributed to the fact that I am also more closely personally connected with them than almost anyone else who I have worked with. But I do listen to all the music I’ve released on a regular basis, I really mean it when I say I love everyone I’ve released. I am in regular contact with almost everyone I have released and good friends with a majority of them. I truly cherish and respect what they do and I think/hope that the feeling is mutual.






6) You have a solo project called Lovebrrd. I also think that is why you started Lava Church...Tell us about this project. With what songs are you most comfortable? Do you have a different mindset depending on the music that you make (eg between Jodocus, Morning Sickness or your split with Su Sous Toulouse En Rouge) ?
What you play live ? (styles / albums…)

Lovebrrd is a representation of my personal and creative being. I’m not one track minded, I am often all over the place, and Lovebrrd is representative of that. Sometimes my songs are dark lo-fi Casio jammers, other times straight up harsh noise. It really does vary. And yes, there are very different feelings and mindsets behind all of my releases. With the music I make, it’s less about the structure of making the music (like using specific equipment or formats etc.) and more about expressing the particular feelings I have at the time. I very rarely spend a lot of time writing songs or pieces. I always say I don’t write music, I record it. When I play live, I rarely play the same set twice. My set up can vary greatly from performance to performance. Obviously I have a limited amount of equipment, but the combination of what I use is usually different every time. If you were to ask someone who has seen me play multiple times, I’d think they’d be hard pressed to pin me down to one sound. I kind of pride myself on that to be honest.







7) Your universe is particular. How does this translate in terms of influences, of arts or others? Like books, films, beliefs, etc?

Some of the biggest influences on my music/art would be the personal losses and struggles I’ve faced throughout my lifetime. Personal relationships, both good and bad, past and present, are why I do what I do. I guess that’s probably true for a lot of artists, but that’s what I really draw on to create. A lot of the time the subject matter and meaning behind my works is very deep, either from sadness, hatred, or desire. I’ve written several songs about the passing of my grandmother, and probably just as many about abuses from my father. I wish I could say I write a lot of songs about the happier parts of my life, but for some reason those are harder to artistically articulate. Negative energies tend to stick around longer than positive ones I think, making it perhaps easier to draw from when creating. But sometimes the influences are really mundane, like about having to wear a nametag at work or not being accepted for admission into a university. I can’t say I draw any specific style or sound influence from anyone or anywhere artistically speaking; I probably do but not consciously. I don’t sound like them musically, but artists like New Order, Dan Sartain, Today is the Day, and Devo, helped me realize that I wanted to make music. But like I said before, I just do what feels right at that moment, what feels natural in expressing what I want to express.


8) I had almost forgotten, what’s the story with baseball!?

Baseball is a huge part of my life. I don’t follow or care about any other sport, only baseball. Professional, amateur, high school, I don’t care what kind it is, I love baseball. Thinking about baseball makes me cry sometimes--it is just so perfect, and is such a great analogy for life as a whole. I guess it’s something that’s hard for a lot of people to understand, and I’m sure many probably think it’s silly, but I don’t think it’s any more silly than being religious or spiritual. Maybe it’s an American thing, but even then not all Americans feel like I do. I think Leo Durocher summed it up best when he said, “Baseball is like church. Many attend, few understand.” I think I’ll leave it at that.







9) What are your future projects? Releases, two years of Lava Church, a beautiful tour I think... It must make you many occupations ! Tell us more.

I've got lots of tapes for Lava Church set for release in May. Florida noise by Black Beast of Arrrghhh and Serbian noise by Nundata. I've also got a new lo-fi jams from YlangYlang and Tile too. Got the debut for the Hellraiser-inspired electronic fuckery that is Tender Cruncher. Then there's my new Lovebrrd album that I'm gonna be touring on in June. I’m also going to be reissuing some older releases eventually and some other releases still on the hush-hush. And then there’s a Florida noise compilation I am co-releasing with fellow Florida label Forever Escaping Boredom Records. I’m also doing a two year anniversary of Lava Church release that’s going to be Technique by New Order covered in its entirety by Lava Church artists, I think that’ll be a cool release.

I’m going on tour from June 1-July 3 as Lovebrrd with Tender Cruncher and Harmoos. It’s going to be truly epic I believe. Along the way I am going to record performances and interviews for a documentary I am working on. You can find more details about that here.

I am also starting an archive of live performances experimental music that I have gathered called the American Audio Archive of Avant-Garde Live Performance (4ALP). Basically I am going to commit to seeking out and recording performances by the more avant-garde artists that I can find and putting the recordings online for people all over to hear. It’s going to take a lot of work, and will be my main academic and music focus for the foreseeable future. I think that by the end of the year there will be a decent catalogue of performances on there.


10) Why all this ?

As a whole, Lava Church and Lovebrrd are both extensions of my creative self. I think they are necessary for me personally. Through making music and tapes I am able to express myself in ways I couldn’t otherwise, and by creating tapes I am able to connect with people who are just as dedicated to their craft as I am. Despite my misanthropic and cynical tendencies, I love people and want lots of people to be a part of my life. By sharing my art with strangers in person and through the internet, I am able to form bonds that can positively impact all parties involved, and hopefully help all of us grow and learn from one another.


Thanks for everything. Infinity is Lava Church. t





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RADIO MOSCOW

Interview (2013)

 

Radio Moscow

At L’Usine, Genève Switzerland, 21.02.2013

Interview with Parker Griggs, Billy Ellsworth, Paul Marrone, & Lance (a.k.a. Mad Alchemy - live liquid light show)

1) First of all could you all tell us about your way, or your course, into the music scene, or carrer if you want. What was the starting point for each of you (if there was one) ? Like for example the different bands you played with, or which instrument you started with.

Parker :
Around when I was ten years old I picked up drums and guitar at the same time and I just tried to learn both of them. I first played drums in two bands when I started music, and then after those two bands I started this band, Radio Moscow, and played guitar. When I started out, the whole grunge thing was going down so I had like a grunge band when I was a little kid, and then I was a teenager and did the punk rock thing for a couple of years. Also when I was 18 I recorded «3 & 3 Quarters », at a time when I was getting out of punk and more into 60’s music and stuff. Then my dad showed me Peter Green and I got into a lot of British blues and psychedelic rock. So there’s a lot of British influence in my guitar playing. Most of the guitar players from the British blues scene at the time were really great.
Paul : When I was little I just played music with my brother and all my family kind of played music. Then I did like the ska punk thing when I was little and yeah, it was pretty bad. (laughs) It was fun at the time. And then my brother and I matured more musically than others so I just jammed with him a lot and just kinda got into the underground 60’s stuff, listen to a lot of Quicksilver Messenger Service.

So it is with your brother that you formed Cosmic Wheels ?
 
Paul : Yeah I did that with him. And I played with Radio Moscow before that. I met Parker in a show in Missouri and their drummer at the time wanted to leave the band, so I thought I might just try out and that’s how it started. Then I did the Cosmic Wheels project and eventually came back to Radio Moscow. So now I play Radio Moscow obviously, and I have other bands back in San Diego.
Billy : Well no one in my family really played music at all so I guess it was the group of friends I was hanging out with that introduced me to bands. Then I got a little guitar for Christmas, started fuckin’ around on it, then got over it, then broke my ankle skateboarding, and then started smoking a lot of weed, just siting in my room and playing guitar.
Parker : Yeah, weed helped, for this music I think.
Paul : Yeah it definitely helps, specially growing up in the Midwest.
Billy : So I played in a few bands before Radio Moscow. My band Red Octopus opened up for them and then Parker gave me a phone call. Now I’m in two bands.


That was the phone call after which you joined Radio Moscow which were in the middle of a US tour with Graveyard. Can you tell us about your impressions after that phone call ?
 
Billy : Well I played The Great Escape of Leslie Magnafuzz going to work, that was the next day aftet the phone call. When Parker called me I was up in L.A. an hour from my house, and I was like « Allright, fuck yeah ! ». I had listened a little bit to Radio Moscow’s albums, just jammin’ through it. Then I got home real late, and I had one night to learn as much as I could. Then I woke up super early in the morning, quited my job, missed my flight, got in a second flight, landed in Chicago, took a taxi from the airport to the venue, had about 15 minutes to go over stuff with Parker, and then I was right up on stage and had to play with a drummer I had never played with before, songs I had never played before.

And how did it go ?
 
Billy : It was horrible.
Parker : For being the first time jammin’ though it was really good. I think we practiced for half an hour before the show.


2) Now that you are back in Europe, as American touring musicians and artists, could you tell us the differences you have experienced between these two parts of the world ? In terms of responses from the audience, of musical cultures, of welcoming, or simply of preferences for example. Any shocking differences ? 

Paul :
People are a lot more hospitable here (in Europe), definitely.
Parker : Yeah it seems like people want us to be here, and in America it’s just kinda like there’s not much passion for the music. The bar owners I don’t know why they book bands a lot of the time, cause they seem like they don’t really care. Here there’s more focus on the concerts and people are promoting better.

And what about the audiences, is there a place where you get a better response ?

Parker :
Portugal is pretty good for us. And Paris was crazy, the people there were having a good time, and it was really fun. Also Greece was really good too on the last tour we did. The Netherlands as well.
Lance : Yeah I wanna say in Paris it was insane. We had one girl that jumped up, took her bra off. People in the audience carried Parker throughout, and the people were crazy.


3) Lots of the elements in Radio Moscow’s music seems to take us back to the late 60’s of the US and UK musical & cultural scene. Today I see you here and I think you convey this musical ideal of the period. From your clothes to your music, and your way of being. It feels like a dedicated tribute to that time actually, so how do you relate to that ?

Parker :
Well it’s not like we are a tribute or anything, but it’s definitely a big influence. It’s just the music that speaks to us the most. It’s the only music I have passion for, there’s something about it. It should have never died so fast, so we’re just keeping playing it. It’s been only round for a few years, and then people stopped taking good drugs and did cocaine.

And this late 1960’s cultural touch to your work can also be seen through Radio Moscow’s album cover artworks, the colored vinyls, the way you record with analogic machines. So can you tell us about the recording of The Great Escape of Leslie Magnafuzz at Prairie Sun Recording Studios. Did you record the way it used to be done ?

Parker :
Yeah we did it all to tape. They had like an old 70’s tape machine, old mixing board and mixing console. No computers used for the last album.


4) And how would you descrieb Radio Moscow’s music style ? From the first album up to now, what are the main changes you underwent, the turns you took, musically speaking ?

Parker :
Well the first album is kinda more blues based I guess. We still take that blues influence, but now we just add more to it. For the second one, I think we got more into psychedelic rock over the years, but always liked it. And the third one is a lot faster indeed.


5) Radio Moscow having always been a live power trio (that I know of), what makes it special to you as separate musicians playing in a power trio ?

Parker :
Well each person has its own thing, and that way you gotta make sure it all sounds good because there’s not much room to screw up. I’ve played with some guitar players before, but the style we’re doing now sounds much better with one guitar. You don’t wanna have to many solos. And Radio Moscow will always probably be a three piece band.


6) Any annectodes you wanna share about this tour ?

Parker :
I had a great time hooking up my pedals the other night, just needed some help from Bill.
Billy : I was the only one that didn’t take mushrooms before the show.
Parker : Yeah, and Paris was really fun. I went to shake some people hands and all of a sudden they pulled me out in the crowd and I was crowdsurfing.


7) So how did you, Radio Moscow, meet with Mad Alchemy and how did it all work out together ?

Lance :
We were in Salt Lake City, May 31st, 2011, and these three guys drove up in a van. I was doing light shows for another band, and I started talking to Parker saying : « Hey man, if you like the show call me and you know I’m up for touring ». Never heard Radio Moscow before. Then three weeks later he called me and we did our first little mini tour in 2011. Then we did two US tours last year, one with Graveyard. And yeah I love Radio Moscow’s music, and Parker has been a huge support to the light show. He’s really put me on the map and he’s a great guy to tour with. I think tonight we’re gonna have a good show. We’ve had a couple of really good theatres here in Europe, and from my perspective, because I’ve done a lot of stuff in the US, European venues are a thousand percent better. There are some great venues in the US tough, but it seems like people take the music for granted there, and they want it free. They just don’t seem to put the same kind of emphasis on it. Even the staff of the different venues are much better, like this one tonight. It seems like the sound and the stage people really listen and they’re really there to support you. Where as in the US it’s like : « What, you got extra request man ?! I gotta do extra stuff ». So it’s been a wonderful experience here in Europe.


8) Can you explain how a liquid light show works, technically speaking ?

Lance :
The method that I use is the brotherhood of light method. This method is one of the original Fillmore West San Francisco light shows. I learned this when I was 16 and a half at my first light show compagny, and we did light shows for all kinds of people. Now I’m 59 and I definitely go back to the Fillmore, I saw Jimi Hendrix and heaps of other people. So yeah technically, basically it’s an oil and alcool combination, utilizing just standard overhead projectors. What I try to do in a sense is emulate a style of surrealistic painting to give a liquid shaped surreal background.


And are there other people using this technique live besides you of course ?  

Lance :
Oh yeah sure, for instance if you go to the Smithsonian Museum in New York city you can actually see Glen McKay‘s actual equipment and I believe a simulation of what he did for the Jefferson Airplane. He was one of the premier light show people. Then there is Joshua White in New York city, and he is still kind of active. He has a very different kind of show. So there really aren’t a lot of people that really do it seriously.


9)     What does this visual performance add to the music & vice-versa ? Would you say it works as complementary live artforms ?

Parker :
I think it fits well with our style. It wouldn’t fit well with like punk bands or metal bands. For what we are doing it adds to the music and it goes with the sound.


10)    The rumour says that only long haired people can join Radio Moscow ? Is that right ? (big laughings from everyone)

Parker : Oh well, we had two drummers that had short hair before. But yeah people that like this music have long hair.


Thanks to Yann for making this interview happen.
Thanks to Radio Moscow & Mad Alchemy for a great time and a mind blowing show !

K.R.

Links :
Radio Moscow :
 http://radiomoscow.net/
http://www.facebook.com/radiomoscowband?fref=ts



Mad Alchemy :
 http://www.facebook.com/mad.alchemy.5?fref=ts      

  

INTERVIEW:
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DIAPSIQUIR

Interview (2013)


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Ça s'est passé comme il faudrait toujours que ça se passe. L'interview de Kickback était prévue après leur concert, pas celle de Diapsiquir. Mais devant l'évidence, les éléments ont dévié, naturellement. Au cours de la discussion entre lui, Stephen et moi-même, je me suis rapidement rendu compte que, outre d'être l'un des guitaristes que j'estime le plus pour le génie qu'il possède dans sa manière de jouer et de composer (Arkhon Infaustus a composé de véritables perles de black/death que j'estime au plus haut point depuis 2004, Kickback m’indiffère au plus haut point avant No Surrender, et Diapsiquir est unique), était un mec vrai, pas un comédien. J'ai perçu des points communs entre lui et moi que je ne pouvais soupçonner, même s'il est certain que nous divergeons également sur bien des aspects, mais son "absence de tiédeur", pour reprendre son expression, a éveillé en moi un réel, vif et sincère intérêt pour cet échange. Des mecs que tu peux fixer droit dans les yeux, et y percevoir cette flamme, ce flux vitale, cette impression qu'il y a vraiment quelqu'un à l'intérieur, et non pas une énième créature sans âme, foncièrement vide, morte sans même avoir vécue, ce sont des mecs de plus en plus rares à rencontrer.
Je tiens donc à le remercier pour le temps qu'il m'a accordé, et de m'avoir autorisé à publier cet échange qui, excepté quelques légères retouches (.dura lex .sed lex), est la retranscription fidèle de ses propos, sans artifices. Il aurait surement été plus facile de s'envoyer hermétiquement des questions par mail, mais nous aurions indéniablement perdu l'authenticité du moment présent.



Damien, je suis surpris par ce que tu m'as dis pendant l'interview de Kickback. Cet Éveil, dont tu me parles, cette état de conscience altéré, supérieur, l'Absolu, peu importe... nombreux sont ceux qui utilisent des prods pour arriver à ces fins-là, et particulièrement les psilocybes, mais il y a aussi toute l'approche liée autour de la méditation. C'est quelque chose que tu pratiques de ton côté ?

Toxik : Sur le dernier album, ANTI, il y a un morceau, qui s'appelle « Ennui ». Sur ce morceau, j'ai ritualisé. Je n'ai pas bu une seule goutte d'alcool, ni de produits, je me suis passé de nourriture pendant un certain temps. Je n'utilisais que des bolées d'eau, trois par heure. Le rituel fait tout, j'ai besoin de tout ritualiser sinon je deviens fou ! Sinon, je prends ça, cette bouteille, et je te la fous dans le cul, tu vois ? J'ai besoin de voir Dieu. Tu n'aimes pas ce mot... alors okay, je te parle d'Absolu.


Tu n'es pas sans savoir qu'il y a toute une tradition, chez de nombreux adeptes de la méditation, qui rejette en bloque le recours et l'utilisation de produits psychédéliques afin d'atteindre ces états de conscience altérés, cette confrontation avec l'Absolu.

Toxik : Ah oui ! Bien sûr ! Pour eux, ça s'apparente à beaucoup trop de facilité...


Te concernant, tu ne penses donc pas que c'est un peu ambigu ?

Toxik : Si, mais je suis trop faible. J'aimerais, j'adorerais donner mon corps à cette Lumière. La sagesse de patienter pendant des années de pratique avant de récolter ces fruits. Mais non, je suis trop faible. J'ai besoin de ma came par jour, j'ai besoin de mon cul par jour !


Et ça, justement, cette « faiblesse »... tu ne penses pas que ça puisse venir de l'environnement dans lequel vous évoluez, tous les trois ? Je veux dire la ville, Paris, le milieu urbain et toutes les nuisances qui le constituent... Chez moi, l'environnement joue considérablement sur ma volonté de « développement » spirituel, ou personnel... peu importe comment tu le nommes. Tu as déjà envisagé cette possibilité ?

Toxik : C'est intéressant, j'y ai déjà pensé oui. John, le batteur de Arkhon, c'était de lui que j'étais le plus proche dans ce groupe... et lui, justement, il a fait ça : « J'arrête tout ! ». Il est parti un mois, seul, dans une grotte. Et il m'a proposé de venir, on savait qu'on allait se tuer, mais on en avait besoin. On est des bêtes. On ne voulait pas juste jouer de rock'n roll ! J'ai besoin de monter, d'aller en haut quand je joue de la musique…je ne l'ai pas suivi, il est resté dans les fougères et moi sur le béton.


« Afin d'actualiser leur capacité innée à la Réalité et à l'Éternité, il faut que les êtres humains se soumettent à un ensemble d'exercices de détachement, - détachement, tout d'abord, d'avec cette limitation au moi et à l'état de créature propre aux créatures, qui constitue le mal, et en second lieu, d'avec les limitations cosmiques imposées aux créatures par l'acte de création, savoir : l'état de séparation, l'individualité, et le temps. Le détachement du premier genre s'obtient par la mortification du moi, la pratique de la vertu, et la culture et l'exercice de l'amour et de la compassion envers nos semblables. Le détachement du second genre s'obtient par les pratiques de la contemplation mystique. Ou plutôt, il serait plus exact de dire que les pratiques de la contemplation mystique sont le moyen par lequel nous pouvons nous préparer à recevoir la grâce d'une intuition directe de la Réalité et de l'Éternité. L'expérience a montré que ce second détachement ne peut-être réalisé que par ceux qui sont au moins en cours d'obtention du premier – que la vie mystique, en d'autres termes, est étroitement associée à l'ascétique. » A.H, « Le Magique et le Spirituel ».


Je trouve que ça se voit sur scène, et notamment dans ton regard. Tu n'es pas là entrain de prendre des poses, de bouger en dansant sur le rythme comme 99% des musiciens sur scène qui semblent se donner pour mission de faire une chorégraphie.

Toxik : C'est mon humeur, c'est mon rituel sur scène. Et John, dans cette grotte, il a prié tous les soirs, il a ritualisé tous les soirs. Mais c'est aussi à ce moment-là que je l'ai perdu : il a quitté Arkhon, il a quitté Diapsiquir, il a tout lâché. Juste faire du rock ? Ça ne veut RIEN dire. Brancher sa guitare, et juste jouer ? Qu'est-ce que ça veut dire ?! Tu parles de Dieu, tu parles de Diable, tu parles de Lumière, et tu ne fais QUE brancher un instrument, là, comme ça ? C'est absurde. Stop ! C'est nul, c'est de la pacotille...


Donc toi, c'est une voie que tu pourrais éventuellement prendre dans les prochains mois ? Je suis surpris, je ne te le cache pas. Diapsiquir est pour moi clairement urbain. C'est la crasse des grandes villes, leurs méandres.

Toxik : Je peux te dire ça aujourd'hui, et peut-être que dans un an, je ne jurerai que par New-York, au hasard, tu vois ? Je suis dans une phase où j'ai besoin de Lumière. J'en ai besoin ! J'ai besoin de vivre, de suivre une lumière divine, loin, très loin. J'y vais, c'est tout ! Avant, le noir, c'était moi. Toute la scène black, cette blague… je me rinçais ! La routine me rend fou !


Cette relation à Dieu, ou Absolu, est une source intarissable d'amour. Comment expliques-tu que, actuellement, en 2012, tu sois tenté de jouer une musique aussi noire, violente, malsaine ?

Toxik : Ce n'est pas sombre pour moi, c'est vivant. ANTI, c'est clairement la porte qui se ferme. ANTI, je veux dire : il porte bien son nom. Le dernier Kickback, « Et le Diable rit avec nous », est déjà plus lumineux... et le nouveau Diapsiquir ? Là, ça sera clairement la Lumière si je suis le Chemin d'aujourd’hui, mais je suis instable, rien n'est moins sur ! Regarde, avant, je n'avais que des tatouages sur le côté gauche de mon corps, que ce soit celui d'Arkhon, de Diapsiquir, le K de Kickback, et les autres... Regarde maintenant mon avant-bras droit : l’œil de Dieu, et l'Alpha/Omega. Avant, je n'étais que dans le noir... tout le temps fonce-dé, je m'en battais les couilles. Ça fait deux ans que j'ai accepté cette Lumière : si je ne l'avais pas fait, je serai mort, ou en taule. Je me serais buté ou j'aurais flingué quelqu'un ! J'aurais été un menteur sinon, tu vois ce que je veux dire ? Je suis un occidental, j'ai été obligé d'accepter Dieu pour m'accepter moi.


Moi qui suit ta musique depuis plusieurs années, la suite dans les prochains mois sera foncièrement différente ?

Toxik : Le nouveau Diaps ? Ah oui ! Tellement ! On bosse dessus avec Pascal, et là ça va être... ça va être l'Amour, le vache et qui tache mais l'Amour. J'ai besoin de cette Lumière, je ne peux pas mentir. Quand je vois tous ces mecs qui te parlent de Satan, qui te parlent de prods, du mal, etc. et qui ne vont pas au bout des choses, ça me dégoûte. Tu veux de la rabla ? Prends ! C'est moi qui offre ! Vas-y ! Mais non... ça hésite, ça tourne en rond. Je n'accepte pas le mensonge. Ne me mens pas ! Je préfère 100 fois plus un mec qui est honnête avec moi, même si on n'a aucun point commun sur la musique, ou sur tout le reste, même si c'est un beauf, qu'un putain de mytho. Et Pascal et Stephen, c'est pareil. On aime l'authentique, pas ceux qui jouent sur une fausse image.


T'as des auteurs majeurs qui t'ont influencé que tu pourrais citer ?

Toxik : Léon Bloy. Lui ? C'est l'idole de Céline. Il est incroyable. Et puis il y a Genet, aussi. Pour moi, tout est là. Moi je veux des vrais gars, pas des mythos. Quand on rentre de cette tournée, après je pars un mois en Inde : j'ai cette soif de Vérité et de Lumière.


La prise de psilocybes, récurrente, a prouvé de nombreuses reprises et mis en avant cette profonde méprise que tu peux avoir par la suite des mensonges, des petites corruptions, de la bassesse de l'être humain, de tout ce qu'il a de faible en lui. Ce n'est pas la finalité pour un homme de basculer dans ce méprisable.

Toxik : Je veux du feu, ou de la glace. Mais pas du tiède. Je veux du panache, je veux des passionnés !



.caedes 


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